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Sœur Emmanuelle: «Je ne crois pas que Dieu me jugera avec sévérité» Version imprimable Suggérer par mail
21-10-2008

Sœur Emmanuelle est décédée le 20 octobre à l'âge de 99 ans. Elle s'était entretenue avec «bonne nouvelle» il y a trois ans. Souvenir

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Sœur Emmanuelle: «Le but de la vie est de donner de la joie à chacun.»

Photo : ASASE 

 
Sœur Emmanuelle, quelle enfance avez-vous eue?
Sœur Emmanuelle: Oh, j'étais une fille difficile. Il suffisait qu'on me demande quelque chose pour que j'aie envie de faire le contraire. J'admire la patience de ma mère. Elle avait le sens de la justice. C'était une croyante profonde et vraie. Je tiens d'elle ma vocation religieuse. Ma mère priait. Je crois beaucoup à la prière des mamans. Je sentais dans mon cœur que ma vie était trop bête. J'entendais l'appel de l'enfance malheureuse. J'ai décidé de me faire religieuse. Le jour où j'ai changé ma robe de jeune fille coquette, et que j'ai revêtu l'habit, j'ai eu l'impression d'une libération. Cette liberté profonde ne m'a plus quittée. Je méditais cette parole de saint Paul: «Je peux tout avec celui qui me fortifie, le Christ.» Pour moi, le but de la vie est de donner de la joie à chacun, pour que la vie soit plus légère, car elle est dure pour tant de gens.

A 62 ans, au moment où l'on songe à la retraite, vous êtes repartie en Egypte, dans des bidonvilles...
Lorsque, à Alexandrie où j'avais été appelée, nous avons remis notre collège aux sœurs égyptiennes, j'étais libre, j'avais 62 ans. J'aurais pu repartir en France, dans une maison de retraite. Mais j'étais en bonne santé. J'ai demandé la permission de vivre dans un bidonville où régnait une misère effroyable. J'ai passé vingt-deux ans dans trois bidonvilles, des années éblouissantes, merveilleuses, chantantes. C'est beau de partager la vie des plus pauvres. A 85 ans, on m'a dit: «Maintenant, Emmanuelle, c'est fini, tu dois repartir.» J'ai obéi. J'avais juré d'obéir. Mais je pourrais repartir demain matin.

Ne se décourage-t-on pas devant le puits sans fond de la pauvreté?
Lorsque j'ai pu sauver le premier enfant de la mort, du tétanos, j'étais tellement contente que cela m'a donné la force de courir sauver les autres. Maintenant, mes associations s'occupent de 70 000 enfants dans le monde. C'est peu vis-à-vis des millions? Il faut regarder le côté positif des événements, des personnes, de la vie qui se déroule. Nous remercions Dieu de tout le bien qui se fait. Si on s'arrête toujours à ce qui ne va pas, on n'a pas envie de travailler. J'ai vu des choses épouvantables, des massacres, la famine. Mais j'ai vu partout des gens extra qui, au milieu des ruines, essaient de reconstruire. C'est cela qui est beau. Cela donne envie de courir, de chanter, de voler parce que courir, chanter, voler, c'est aider, marcher encordé avec les au­tres, pour que la vie soit meilleure.

Tout à coup, face à face avec le Seigneur et les saints»

La mort vous effraie-t-elle?
Je pense souvent à ce que disait notre père fondateur, le Père Théodore Ratisbonne: «Mes sœurs, pour une personne qui a vécu en aimant le Christ, en aimant les autres, la mort est le moment où l'enfant tombe dans les bras de son père, où l'épouse se trouve face à face avec l'époux qu'elle a aimé. Le jour de la mort, c'est le plus beau jour de la vie.» Il a raison. Tout à coup, face à face avec le Seigneur et les saints, avec les anges, avec la Vierge que j'aime particulièrement et prie tous les jours. C'est merveilleux. Je suis contre l'euthanasie. Il faut laisser l'homme vivre ses derniers instants. On peut me laisser mourir tranquillement, mais qu'on ne me fasse pas mourir, ça non! Je veux vivre jusqu'au dernier instant.

Quand vous allez rencontrer Dieu, qu'allez-vous Lui dire?
C'est Lui qui va d'abord me parler, je pense. Il va me dire: «Ma pauvre Emmanuelle, tu as fait beaucoup de bêtises sur la terre. Mais tu as essayé d'aimer. Viens dans la joie de ton Seigneur.» Je crois beaucoup à la mi­séricorde. Le Christ est venu sur terre et a souffert sur la croix pour sauver l'homme de sa misère. Quand Il trouve des gens pauvres qui font appel à Lui, Il accourt. Pourquoi avoir peur? Puisque nous aurons une mère de tendresse à côté de nous et que nous allons vers le Père des tendresses. Je ne crois pas que je serai jugée avec sévérité.