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Dossier
Catholiques et protestants, sortir de l'impasse Version imprimable Suggérer par mail
23-08-2007

Les relations interconfessionnelles ont connu des chocs cet été. Des experts nous éclairent sur les enjeux. Et proposent des solutions
 

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Dessin: Raphaël Liechti 


L'été œcuménique a été secoué. Après les vives réactions protestantes à un document publié au Vatican par la Congrégation pour la doctrine de la foi, Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses, a envoyé une lettre ouverte de huit pages au président de la Fédération des Eglises protestantes de suisse Thomas Wipf, pour lui dire ses quatre vérités. Le dialogue entre protestants et catholiques serait-il dans l'impasse?

Antoine Reymond, conseiller synodal vaudois et spécialiste de la question, répond: «Oui. Nous sommes au pied du mur. Depuis Vatican II, il y a cinquante ans, nous menons des discussions et un dialogue œcuménique. Enormément de choses ont été réalisées sur le terrain. Mais que faisons-nous institutionnellement du résultat de ce dialogue? La situation a du positif. Nous devons passer l'obstacle.»

Ces efforts valent la peine, pour deux raisons: «La première, théologique et spirituelle, est de faire, comme Jésus l'a voulu, lorsqu'il a dit: ‹Que tous soient un.› L'autre, parce que, dans un monde éclaté, les Eglises doivent être capables de manifester ce qui est de l'ordre de la communion et de la relation plus que ce qui est de l'ordre de la division.»

Invitation à un concile

Reste à savoir quel est l'objectif du dialogue. «Le but est une communion des Eglises diverses. L'unité, dans un pluralisme. Ce qui unit, c'est la relation au Christ, l'engagement à sa suite. Des éléments séparent, comme la structure des Eglises, épiscopale ou synodale. Mais ce qui sépare ne brise pas la communion. Il faut se mettre d'accord sur les choses qui sont effectivement différentes et qui divisent la communion. Il faut continuer à travailler sur les problèmes réels.»

Pour cela, reconnaît Antoine Reymond, il est nécessaire de passer à une nouvelle étape et de changer de stratégie: «Le moment est venu pour les Eglises protestantes d'inviter les autres, en particulier l'Eglise catholique, à un concile, pour débattre ensemble publiquement de l'avenir de l'Eglise. Ce geste fort d'invitation pourrait être lancé à l'occasion de la prochaine rencontre de Sibiu, organisée par la Communion des Eglises protestantes en Europe, qui rassemble luthériens et réformés.»

  • V.Vt

Un vrai durcissement du Vatican?

L'Eglise catholique est «l'unique Eglise de Jésus Christ», selon le récent document du Vatican qui a inquiété les tenants du dialogue œcuménique. Il n'y a en réalité rien de neuf sous le soleil, tente d'expliquer Nicolas Betticher, chancelier du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg: «C'est un résumé de la position déjà présentée en 2000 dans l'encyclique Dominus Iesus.»

Rédigée par le cardinal Ratzinger, elle barrait la route à des interprétations jugées trop laxistes du Concile de 1962. «Certains ont cru pouvoir interpréter que Vatican II avait donné une nouvelle définition de l'Eglise catholique, à savoir que l'unique Eglise du Christ pouvait être dans plusieurs Eglises. C'était aller plus loin que le Concile.»

Objet du litige: «Pour les catholiques, il y a une seule Eglise du Christ et une foule de chrétiens, commente le chancelier. Pour être Eglise, il faut deux conditions indispensables selon nous: la présence de l'eucharistie et la succession apostolique. Les protestants ont une autre définition de l'Eglise, c'est leur liberté. Selon la nôtre, ils sont des Eglises, mais d'un autre type. Elles n'ont pas la plénitude des moyens de salut présents dans l'Eglise catholique, dont Jésus a posé la première pierre».

Les protestants souffriraient même de «déficiences», selon le document. «Ce mot qui sonne négatif en français est dérivé d'un mot latin signifiant ‹ne pas croire›, modère Nicolas Betticher. Il indique qu'il y a des éléments auxquels les protestants ne croient pas, comme l'eucharistie et la succession apostolique. Il y a des divergences sur des questions fondamentales de foi.»

  • G.D.