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Dossier
Catholiques et protestants, sortir de l'impasse Version imprimable Suggérer par mail
23-08-2007
Les couples mixtes, premières victimes?

Lorsque le dialogue entre catholiques et protestants se gâte, les couples mixtes sont les premiers touchés. Au point de provoquer des scènes de ménage?

«En fait, non, répond Jean-Baptiste Lipp, 48 ans, pasteur à Belmont et Lutry. Il y a d'abord bon nombre de couples mixtes qui ne se sentent pas concernés. Pour ceux qui militent dans le mouvement œcuménique, naturellement, l'impression d'un recul fait mal. Comme le marcheur qui, croyant atteindre le but, s'aperçoit soudain que la vallée s'est creusée, et que le but est plus éloigné que prévu.»

Le pasteur, qui a épousé une femme catholique avec laquelle il a eu trois enfants, parle d'expérience. «Nous continuons à jouer notre partie, à vivre notre vie avec nos convictions.»

Quel baptême pour les enfants? Quel enseignement religieux pour eux? Les couples interconfessionnels constituent un laboratoire de l'œcuménisme. Ils sont contraints de trouver des solutions.

«Une idée fait son chemin: celle de nous considérer comme une Eglise domestique, une Eglise de maison, où l'un est catholique romain, l'autre ne l'est pas. Nous sommes quand même une cellule d'Eglise locale, dont les membres sont de confessions différentes, et qui prend sur soi d'aller d'un côté et de l'autre, librement. Nous ne pouvons plus faire l'économie d'une réflexion de fond sur ce qu'est une Eglise.»

  • V.Vt
  • Une revue: «Foyers mixtes». www.foyersmixtes.org
  • Une association: l'Association des familles interconfessionnelles de Suisse (AFI-CH), 026 475 44 44

 

Un problème de définition du mot Eglise?

Une vision différente de l'Eglise, voilà le nœud du problème. «Alors que l'Eglise est ‹comme un sacrement› côté catholique, elle n'est qu'un instrument côté protestant, rappelle Pierre Gisel, professeur de théologie protestante à l'Université de Lausanne. Elle n'est pas divine en soi. La question de fond est Dieu, non l'Eglise, et son horizon est le monde.» A partir de là, l'Eglise est plurielle. Il y a un seul Christ et plusieurs institutions, formant toutes ensemble l'Eglise du Christ.

Le document romain n'inquiète pas le professeur. «Nous restons dans l'esprit de Vatican II, compris à l'époque comme une ouverture. L'institution romaine estime posséder les pleines qualités d'Eglise, en en reconnaissant aux autres une partie, incomplète. Avant ce Concile, les protestants n'avaient aucune qualité reconnue. Ils étaient hérétiques!»

Fait intéressant, le Vatican estime ces qualités entièrement réalisées chez les orthodoxes, «sauf qu'il leur manque de reconnaître le primat de Rome, précise le professeur. Cela montre bien qu'il y a un enjeu de pouvoir. L'objectif est l'unité institutionnelle.»

Les protestants devraient donc réintégrer le giron? «Nous pourrions négocier le contrat de rachat, avec un statut de société au sein d'une holding», sourit le professeur, qui propose une autre piste:

«La responsabilité est maintenant de notre côté. Les catholiques mettent le doigt sur nos insuffisances, c'est bien! Nous devons faire de même pour eux, en étant moins politiquement corrects. Nous sommes de la même famille, un vrai débat est nécessaire sur ce qu'est le christianisme. Chacun se prévaut d'une plus grande fidélité aux origines, c'est en réalité une relecture qui camoufle les vrais enjeux. L'origine n'est pas un critère de vérité.»

La Suisse, un cas à part?

Vu de Suisse, le décalage entre le dialogue sur le terrain et celui à la tête des institutions est flagrant. «Nous sommes un pays aux confessions mixtes, explique Christophe Buchi, journaliste, catholique et spécialiste des relations entre groupes culturels. Nous avons dû apprendre au cours de l'histoire, non sans peine, à les faire cohabiter.» Résultat: le catholicisme helvétique est «fortement inspiré de valeurs protestantes», aux yeux du journaliste.

«L'Eglise catholique, traditionnellement minoritaire, est plus modeste et moins dominante que dans des pays à tradition forte, comme l'Autriche ou l'Italie. Les catholiques suisses sont majoritairement œcuméniques. La génération de prêtres marqués par Vatican II est encore bien présente. Les laïcs, surtout des femmes, ont pris beaucoup de responsabilités et ne voudront pas revenir en arrière.»

Le contexte démocratique joue également un rôle. «Les catholiques suisses y sont habitués, avec des droits historiques privilégiés comme à Bâle ou à Coire. Cela crée des frottements avec l'institution centralisée. Nos évêques doivent souvent arranger les bidons après des déclarations du Vatican en porte-à-faux avec la réalité suisse.»

D'autres pays ne connaissent pas autant les besoins de l'œcuménisme. Même si «la Suisse ne pèse malheureusement pas lourd à Rome, elle devrait être considérée comme un laboratoire de l'œcuménisme», suggère Christophe Buchi.

  • G.D.