Les éditions
Septembre 2007
Agenda
- Concert baroque
12 février
- "Anton Bruckner, le ménestrel de Dieu" par René Spalinger
13 février
- Connaître Jung et son œuvre
18 février
- Conférence du Fr. Enzo Bianchi (monastère de Bose, Italie)
18 février
- L'Octogone Théâtre de Pully : "Diplomatie"
18 février
Proposer un événement
|
Actualité
|
«Cessons de manipuler le religieux» |
|
|
| 24-08-2007 | |||
Ce n'est pas le retour du religieux qui est cause de conflits. Mais bien le recours politique aux religions
Georges Corm est un économiste et historien libanais. Ancien ministre des Finances de son pays, il est un spécialiste renommé du Proche-Orient et auteur de plusieurs ouvrages* sur cette région. Invité par la Fondation Gipri à Genève, il vient d'ouvrir le cours d'été de l'Institut international de recherches pour la paix à Genève. Depuis quelques années, l'idée prévaut qu'une cause des bouleversements de notre monde serait à trouver dans le «retour du religieux». Est-ce votre avis? Georges Corm: Parler de retour du religieux est aberrant. Car il n'a jamais disparu. Certes, l'Europe a connu une déchristianisation, mais l'Europe est petite à l'échelle de l'humanité. L'Amérique est restée une nation de croyants. En Orient, la religion est toujours prégnante, comme elle l'a été depuis la plus haute antiquité. L'idée qu'il y aurait un retour du religieux est européo-centrée. Elle a été lancée pour soutenir l'opposition aux totalitarismes. Cela a commencé avec la bataille contre l'URSS et contre les partis communistes. En fait, le religieux est instrumentalisé par les politiques, en Orient comme en Occident. L'irruption du religieux dans le champ politique est cependant une réalité... Le champ politique sollicite le religieux. Il y a des croyants en politique, comme MM. Blair et Bush, côté occidental. Les Iraniens ont fait une révolution religieuse. Ils ont changé de régime politique parce qu'ils voulaient se débarrasser du shah, avec beaucoup de violence. Ce pays connaît un système ambigu, avec une séparation entre un pouvoir civil, et des religieux qui le contrôlent. C'est un animal unique en son genre. Dans les autres Etats arabes, peu de dirigeants emploient la religion. A l'exception de l'Arabie saoudite, dont le régime est assis sur un fondement religieux. Notez que la contestation de sa légitimité se fait par une expression religieuse de plus en plus fondamentaliste. En réalité, les conflits sont le résultat de jeux politiques. Des motivations religieuses apparaissent à la source de certains conflits... Distinguons deux phénomènes. Le terrorisme transnational, qui est mis sous le chapeau de l'islamisme, doit être analysé comme d'autres actes terroristes connus au cours des deux derniers siècles. Il est le fait de groupes d'illuminés qui portent des doctrines à leur paroxysme en les déformant. Prenez l'extrême gauche européenne ou japonaise. Ils utilisaient le marxisme, un peu comme un texte religieux, et à partir de là, lui faisaient subir des déformations qui conduisaient à la violence. L'autre phénomène est apparent dans le livre de Samuel Huntington, «Le choc des civilisations». C'est une vision du monde dangereuse, dans laquelle il y a des bons et des mauvais, et une civilisation judéo-chrétienne menacée, en particulier par le monde islamique. Nous retrouvons là une vieille tendance dans l'esprit européen et occidental: la peur de la décadence et des barbares qui vont venir submerger la civilisation. Vous avez toute une série de chefs d'Etat, dans des pays démocratiques, qui partagent ce type de vision du monde. Il y a quelque chose de très périlleux dans une telle instrumentalisation de la religion. Comment les démocraties peuvent-elles se protéger contre ces extrémismes? Les plus grandes victimes du terrorisme ne sont pas dans les démocraties, mais dans les pays du Moyen-Orient. Vous avez des attentats terroristes en série en Egypte, en Jordanie, au Liban, en Turquie, au Pakistan... c'est là que le terrorisme est le plus ravageur. Pour ce qui est des pays dits démocratiques, il faut prendre les mêmes moyens que ceux pris naguère contre l'extrémisme de gauche. Ce sont essentiellement des moyens de police. Le fait d'avoir transformé cette lutte contre le terrorisme en un déploiement militaire tous azimuts dans le monde musulman est une façon de multiplier les foyers de terrorisme. Quelle solution voyez-vous pour le Proche-Orient, qui semble voué à des conflits perpétuels? Dans la conclusion du «Proche-Orient éclaté» **, je dis d'abord qu'il faut cesser de manipuler le religieux, que ce soit du côté des responsables occidentaux, ou du côté des Orientaux, chacun le faisant différemment. Ensuite, en Palestine, si nous prenons un peu de recul, il est clair que c'est une solution à la sud-africaine qui va s'imposer. Ou alors il faut soit expulser 400 000 colons israéliens qui sont en Cisjordanie, ce qui ne me paraît pas réaliste, soit continuer de persécuter les Palestiniens, ce qui à terme ne sera pas non plus possible. Il faut donc accepter l'idée d'avoir une grande Palestine, dans vingt ou trente ans, où tout le monde vivra sur pied d'égalité, Arabes, Israéliens, musulmans, chrétiens, juifs, druzes, bouddhistes, nouveaux évangéliques... Si je regarde une carte géographique, je ne vois pas où nous pouvons avoir un Etat palestinien. Dans la situation actuelle, les Israéliens gèrent une prison collective.
* «La question religieuse au XXIe siècle», La Découverte
Journée de prière pour la paix
Vendredi 21 septembre, dès 16h, un temps de méditation silencieuse sera suivi d'une célébration de 17h30 à 18h30, à l'église Saint-François à Lausanne. Le groupe œcuménique vaudois de la Décennie Vaincre la violence, associé aux paroisses, veut manifester ainsi son soutien à la Journée internationale de prière pour la paix. La Journée, dont le thème est «Fais de moi un instrument de ta paix», se tient à l'initiative du Conseil œcuménique des Eglises, pour la quatrième fois, en collaboration avec la Journée internationale de la paix des Nations Unies. |
|||










Haut de la page