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Philippe Roch, docteur en
biochimie, ancien directeur du WWF puis de l'Office fédéral
de l'environnement, parle de son retour à la vie, et de ses valeurs
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Philippe Roch: «Le seul livre que Dieu a écrit
lui-même, c'est la nature»
Photo : Thierry Parel
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La maladie et l'opération que
vous avez subies vous font-elles considérer la vie
différemment?
Philippe Roch: Non, pas vraiment. Je
réfléchis à des questions spirituelles et
philosophiques depuis toujours. A mon départ de l'Office
fédéral de l'environnement, j'avais décidé
de me consacrer davantage à ces questions. J'ai fait face à
cette épreuve avec sérénité. Fort
heureusement, je n'ai gardé aucune séquelle de
l'opération d'une tumeur au cerveau, en mai dernier. Cela
m'a confirmé dans l'orientation que j'avais prise
auparavant.
Je recherche l'essentiel depuis
longtemps. Quel est le sens de l'existence, au-delà des
soucis quotidiens? La sérénité intérieure,
voilà qui importe. Tout comme l'amour envers l'humanité,
envers la création, et pour Dieu. A l'inverse, les petits
égoïsmes qui rendent la vie difficile pour rien ne sont
pas essentiels. Je plaide pour une certaine frugalité, mais
dans la joie et le plaisir. Bien manger avec des copains, c'est
important. En parlant avec ma fille de 11 ans, avant mon opération,
je lui ai dit: «Sois joyeuse dans la vie!»
Vous êtes pourtant un
scientifique...
Je garde un grand intérêt
pour la science, qui répond à beaucoup de questions. La
philosophie a toujours tenté de répondre à des
questions qui échappent à la science, des questions
essentielles. Certains scientifiques, qui croient que la science a
réponse à tout, m'agacent.
Mais c'est la science qui vous a
sauvé...
Je ne la rejette pas. Je garde une
grande curiosité pour les découvertes et me sens
fondamentalement un esprit scientifique. Dans le domaine spirituel,
j'avance avec humilité.
Vous avez dit qu'il existait une
réalité qui nous dépasse, avec laquelle nous
pouvons être en contact spirituel. C'est une expérience
que vous vivez?
C'est une conviction et une évidence.
Que faisons-nous sur cette terre? Nous ne sommes pas là pour
rien. Nous pouvons trouver ce sens dans la vie quotidienne et dans
nos relations. Dans la relation avec Dieu, également, cette
force originelle, la seule qui peut expliquer ce qui se passe. Je
cherche à savoir ce qu'elle a à nous dire. Nous
pouvons le trouver à l'intérieur de nous-mêmes.
Et puis à l'extérieur, auprès des sages. Mon
grand livre, c'est le livre de la nature. Nous y sommes nés.
Le seul livre que Dieu a écrit lui-même, c'est la
nature. C'est en la regardant que je trouve les valeurs
essentielles.
La loi de la jungle est un comportement
spécifiquement humain.»
Pour les hommes, cependant, la loi de
la nature, la loi de la jungle, n'est pas vraiment un modèle,
non?
La loi de la jungle est un comportement
spécifiquement humain. Dans la nature, on tue par nécessité,
pour se nourrir, pas par méchanceté, par avidité
ou par peur. La nature est un monde d'équilibre et
d'harmonie. Certes, il y a la question de la mort. La mort est
nécessaire pour permettre la vie. Un autre groupe animal est
très répandu sur la terre: les fourmis, dont le poids
est équivalent à celui de l'humanité. Elles
donnent un exemple d'équilibre, leurs déchets sont
recyclés et elles n'occasionnent aucun dégât.
L'homme a vécu sous le signe de la nature jusqu'à
la fin du paléolithique. Puis il a pris sa place et l'a fait
reculer.
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