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Je vais y réfléchir
Peut-on être patriote aujourd’hui? Version imprimable Suggérer par mail
28-08-2007

ory_gisele Autrefois, le sentiment d'appartenance à une communauté était vivace. Chacun faisait partie d'unités bien définies: une famille solidaire, une communauté villageoise dont il connaissait tous les membres. Les liens de sang renforçaient l'esprit commun. A l'intérieur de ce microcosme, des valeurs étaient partagées par l'ensemble des individus. On était attaché à son village, on appartenait à la terre de ses pères («patres»/patrie). La patrie se confondait avec la communauté et la terre que l'on aimait. Le patriotisme était l'expression naturelle du respect, de la reconnaissance et de l'amour qu'on leur portait. Il ne s'agit donc pas là d'idées politiques, mais de sentiments.

C'est le nationalisme qui va peu à peu donner sa couleur politique au patriotisme, couleur qui lui colle encore à la peau. Le nationalisme a aussi connu une évolution. Au début du XIXe siècle, le nationalisme se veut généreux et émancipateur. Porteur de la Révolution de 1848, il est l'agent de la modernité. Le nationalisme récupère le patriotisme pour en faire une valeur fondamentale du citoyen. On joue sur l'attachement des individus à leur communauté et à leur terre pour favoriser leur identification aux nouvelles nations. La Suisse vient d'acquérir de nouveaux cantons. L'unité de l'Allemagne et de l'Italie ne se fait pas sans peine. Il faut assurer la cohésion, favoriser l'idée que l'on ne constitue qu'un seul peuple, malgré les différences. Cela se fait en s'appuyant sur l'amour de la patrie.
Au moment de la guerre de 1870, le nationalisme change de visage. Il devient autoritaire, expansionniste. La Première Guerre mondiale en marque l'apogée. Le sentiment d'appartenir à une nation, qui visait à rassembler des populations diverses sous une même bannière, aboutit à séparer les différents peuples et à désigner les autres, les ennemis.
Quel est l'avenir de ces notions de patriotisme et de nationalisme dans notre monde globalisé? La mobilité est devenue la première des vertus. Le clan familial disparaît peu à peu. La famille s'amenuise au point de n'être souvent formée que de deux personnes: un couple ou un parent avec un enfant. La plupart des individus habitent de grandes villes. Ils ne possèdent pas de terre.
Ces déracinés peuvent-ils être patriotes? Peuvent-ils encore aimer leur pays? Sans doute, mais différemment. L'homme d'aujourd'hui s'attache aux gens qu'il croise, aux amis avec lesquels il partage des valeurs, aux villes qu'il habite, au monde qu'il visite. C'est tout cela sa patrie. Il l'aime autant qu'avant, mais son pays n'a pas de frontières. Formé d'éléments disparates, il est difficile à définir. Peut-être faudra-t-il trouver un autre mot pour désigner ce sentiment d'appartenir au monde.

  • Gisèle Ory, Directrice de Pro Infirmis Neuchâtel et conseillère aux Etats socialiste


Vous trouvez une version plus longue de cet article dans «Le patriotisme, valeur ringarde ou porteuse de sens?», Commission protestante romande Suisse-Immigrés. Tél. 021 213 03 53