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«Vous ne pouvez pas dire: seul le message importe»
Jean-Paul Guetny, journaliste et écrivain, ancien directeur du «Monde des religions» explique comment les religions utilisent les médias. Et comment elles pourraient mieux toucher leur public
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Jean-Paul Guetny: «Chaque média oblige à un repositionnement du message.»
Photo : DR
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Les Eglises ont-elles la meilleure attitude possible à l'égard des médias?
Jean-Paul Guetny: Je vois trois attitudes des Eglises à l'égard des médias. Dans la première, les médias sont considérés comme nuisibles, il faut s'en tenir à l'écart. La deuxième considère les médias comme un canal de transmission du message. Une troisième attitude est le dialogue et le partenariat, pour recevoir leurs analyses de la société et des religions, pour la contester parfois, lutter contre les préjugés. Certaines autorités voudraient faire des médias de simples outils de transmission. Il est important que les Eglises aient des organes de communication, mais les médias, c'est autre chose. C'est une activité qui a une neutralité de point de vue par rapport à l'objet auquel elle est confrontée.
Les Eglises diversifient leurs médias: journaux, TV, radio... Ces moyens sont-ils adéquats pour parler de l'Evangile?
Historiquement, les Eglises ont vu tout de suite le profit qu'elles pouvaient tirer de l'existence des médias. Par définition, les Eglises ont un message à transmettre. Les médias sont des moyens appropriés pour cela. Chacun a ses vertus et ses limites. La TV frappe et suscite une émotion qui provoque un choc parfois salutaire. Mais pour l'analyse, l'écrit lui sera supérieur. La diversification des médias permet de toucher des gens différents.
L'utilisation de divers médias exige-t-elle une modification du contenu?
Aux Etats-Unis, toutes les Eglises ont des médias, en particulier dans la sphère évangélique. Le fait de passer à la radio ou à la TV a fait s'estomper le radicalisme. Les aspects radicaux de certains messages, comme la crainte de l'enfer, ne passent pas bien médiatiquement. Il est alors mis en retrait, au profit de messages plus positifs, moins rébarbatifs. Chaque média oblige à un repositionnement du message.
La presse religieuse tient-elle sa place?
Pour les Eglises deux choses sont importantes: avoir des organes de presse amis, en sympathie avec le message et qui peuvent le présenter de manière intelligente et libre. D'autre part elles doivent s'adresser aux médias profanes, pour faire connaître leurs actions. Ce sont des points de vue complémentaires. Les religions accordent la préférence à un média confessionnel. Pour avoir travaillé dans des médias confessionnels ou non, cette sympathie théorique rencontre des difficultés. Souvent, une organisation religieuse attend de ses médias une fidélité absolue qui voisine à la servilité.
Pour réussir, cette presse doit-elle faire appel aux procédés qui font le succès des médias profanes?
Chaque métier a ses modes opératoires, ses leviers. Le religieux doit utiliser les mêmes. Aujourd'hui, conséquence de l'individualisme, il y a une extrême personnalisation. Une idée qui n'est pas incarnée dans une personne n'est pas écoutée. Si vous voulez rencontrer un public, vous ne pouvez pas dire: mon public m'importe peu, seul le message importe. Cela ne va pas. Il faut s'adresser au public avec des recettes qui fonctionnent. Mais attention, si le succès est obtenu avec des moyens non conformes à l'éthique du message, le résultat sera contre-productif.
Jean-Paul Guetny est l'auteur de plusieurs ouvrages. Le dernier: «Le grand livre de la mort à l'usage des vivants», Albin Michel.
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