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Ronchamp, l’esprit et le béton Version imprimable Suggérer par mail
26-10-2007

Visite à la célèbre chapelle réalisée par l'architecte suisse Le Corbusier. Etonnante comme à son premier jour

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La chapelle de Ronchamp, dont Le Corbusier disait: «J'ai travaillé pour ce dont les hommes ont le plus besoin: le silence et la paix.»

Photo : bn 


En 1955, année de sa construction, la chapelle de Ronchamp faisait déjà sensation. Dix jours avant l'inauguration, l'architecte, tout à son travail de finition, est assailli par des journalistes et des photographes. Malgré les consignes.

Dans ses Mémoires, il raconte: «Un de ces types qui m'avait poursuivi jusque dehors m'interpelle: ‹M. Le Corbusier, au nom du directeur de la ‹Chicago Tribune›, répondez à cette question: pour bâtir cette chapelle, faut-il être catholique?› Je lui ai dit: ‹Foutez-moi le camp!» Depuis lors, quelque cent mille personnes viennent chaque année visiter le lieu. Et à chacun Le Corbusier donne un choc violent.

Car plus de cinquante ans après sa construction, la chapelle de Ronchamp reste d'une modernité à couper le souffle. Perchée sur sa colline, elle surgit comme un mystérieux vaisseau blanc. Tout en elle suscite curiosité et interrogations.

Son architecture spectaculaire, d'abord, avec deux façades concaves et un toit aigu, à la forme inspirée d'une carapace de crabe. Son créateur ensuite, Charles-Edouard Jeanneret, plus connu sous son pseudonyme de Le Corbusier. Agnostique déclaré, né dans une famille protestante, l'architecte neuchâtelois a réussi à créer une des églises les plus célèbres au monde.

L'intérieur du sanctuaire étonne lui aussi, d'un dépouillement protestant, alors que, comme son nom le confirme, la chapelle de pèlerinage est dédiée à Marie: Notre-Dame du Haut. L'histoire du lieu, jusqu'à sa gestion actuelle, enfin, est marquée par les surprises et les rebondissements.

Lieu de pèlerinage

David Berthoz, responsable de l'accueil, est originaire de Ronchamp, le village de Franche-Comté qui abrite la chapelle: «Ma grand-mère y travaillait déjà, et j'y venais tout enfant.»

Il raconte comment le site était un endroit de pèlerinage depuis le Xe siècle. Rénovée plusieurs fois, la chapelle qui s'y élevait avait pris de l'importance, avec ses cinq tours. Un incendie en 1913, et la voilà reconstruite dans un style néogothique dix ans plus tard. Puis complètement détruite en 1944, la colline étant prise entre deux feux pendant la guerre.

C'est là que Le Corbusier fait son entrée. Séduit par le paysage ouvert aux quatre horizons, il accepte la proposition de reconstruire la chapelle. Il utilise le béton, sa matière de prédilection, met en pratique le modulor, son système personnel de mesure à l'échelle humaine, passe par-dessus les réticences du Vatican et d'autres polémiques, et participe à l'inauguration en 1955:

«J'ai voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieure. Le sentiment du sacré anima notre effort. Des choses sont sacrées, d'autres ne le sont pas, qu'elles soient religieuses on non.»