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Le chacun pour soi a-t-il atteint ses limites? Version imprimable Suggérer par mail
30-11-2007

Il n'y a pas que des avantages à privilégier ses intérêts personnels. Le «chacun pour soi» atteint ses limites. Nombre de nos contemporains ne parviennent plus à y faire face.
 ammann_pierre
Le chacun pour soi, c'est faire ses achats dans un discounter en faisant l'impasse sur les conditions de travail du personnel, faillir à son engagement en quittant son épouse pour une autre, lâcher son employeur ou ses collègues quitte à les mettre en difficulté, licencier un collaborateur et le confier à l'assurance chômage...

Tout cela en quête de son bonheur personnel. Mais c'est souvent aussi manquer de soutien, se sentir abandonné, souffrir de solitude.

Le «chacun pour soi» a commencé par le souhait légitime de s'émanciper, de se démarquer. Cette aspiration à l'épanouissement individuel, entamée avec Mai 68, est entrée dans une phase moins jouissive. Il ne s'agit plus de se différencier d'autrui mais de ne plus en tenir compte.

Aujourd'hui, la contrainte a cédé la place à l'embarras du choix. Nous ne sommes plus obligés à grand-chose. Ce ne sont plus les contraintes sociales qui posent problème, mais l'étendue du champ du possible. C'est un enjeu majeur de la société. Comment mener sa vie? Comment faire les bons choix?

Cette contrainte de choisir entre des options plus nombreuses est concomitante de notre difficulté à nous engager et à assumer les conséquences de nos choix.

Il est fréquent que les incidences financières d'un divorce soient reportées sur la collectivité. Les statistiques de l'aide sociale en Suisse attestent d'un risque accru de dépendre de l'aide sociale à la suite d'un divorce.

L'individualisme a modifié les mécanismes de la solidarité, en la collectivisant davantage. La pratique du chacun pour soi débouche sur une sollicitation accrue de systèmes de solidarité collective tels que les assurances sociales ou l'aide sociale.

Le fait que nous nous sentions de moins en moins responsables de notre entourage exigera un effort accru pour venir en aide à ceux qui ne sont plus en mesure d'affronter les aléas de l'existence.

L'être humain a besoin de se définir en relation avec ses semblables. Il peine à trouver et à donner seul un sens à sa vie. Il faudra donc opposer au «chacun pour soi» d'autres logiques, fondées sur la production de nouveaux liens sociaux.

  • Pierre Ammann, directeur CSP Berne-Jura