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Bible ouverte
Noël dans les apocryphes Version imprimable Suggérer par mail
30-11-2007

La naissance de Jésus garde ses mystères. Les précisions du professeur Jean-Daniel Kaestli.

noel

A Béthléem, une mère et son enfant passent sous le porche de la basilique de la Nativité.

Photo : Reuters 



Les évangiles nous rapportent-ils les circonstances de la naissance de Jésus comme un reportage journalistique?
Jean-Daniel Kaestli: Certainement pas. Les évangiles ne sont pas des biographies de Jésus. Ces textes expriment, chacun à sa manière, la foi des premières générations chrétiennes. Les récits de la naissance de Jésus occupent une place à part. Ils diffèrent du corps des évangiles qui retrace la vie de Jésus de son baptême à son arrestation et à sa mort sur la croix.

Les évangiles ne décrivent pas la naissance de la même façon?
Seul deux évangiles, Matthieu et Luc, rapportent les circonstances de la naissance de Jésus. Les deux autres, Marc et Jean, n'en parlent pas. Marc commence son récit au baptême. Matthieu et Luc, eux, ont senti la nécessité de parler de la naissance. Leurs deux compositions ont peu d'éléments en commun. On a certes pris l'habitude, depuis les premiers siècles, de les lire ensemble et d'en combiner les éléments. Mais dans Matthieu, vous ne trouvez rien sur les bergers. Luc, lui, ne parle pas de la visite des mages.

D'autres textes, non retenus dans le Bible, parlent de la naissance de Jésus. S'agit-il de textes plus fiables et plus anciens?
La plupart du temps, ces textes, dits apocryphes, s'inspirent des récits de Matthieu et de Luc. Dans de rares cas, ils puisent indépendamment d'eux à une source commune plus ancienne. En général, les auteurs des apocryphes embellissent et donnent des détails supplémentaires. Ils comblent des vides dans le récit de Matthieu et de Luc.

Que nous apprennent les apocryphes?
Dans la description du moment de la naissance, la sobriété des évangiles canoniques est frappante quand on la compare aux amplifications des textes apocryphes. Il y a eu, dès l'origine, une pluralité de façons de confesser la foi en Christ. Les apocryphes nous font connaître des facettes originales de cette diversité d'interprétations. Certaines se sont imposées. La grotte, par exemple, a joué un rôle considérable dans la représentation imagée de la naissance de Jésus. D'autres sont tombées dans l'oubli.

Des personnages de la nuit de Noël, comme l'âne et le bœuf, sont connus de tous. Or ils ne figurent pas dans les évangiles...
C'est juste. On dit souvent qu'ils proviennent d'un récit apocryphe et on renvoie à l'évangile dit du Pseudo-Mathieu, qui mentionne l'âne et le bœuf ployant les genoux pour adorer l'enfant. En réalité, ces deux animaux «apocryphes» sont nés de l'interprétation chrétienne d'une prophétie de l'Ancien Testament. Un passage d'Esaïe a été lu comme une annonce de la venue de Jésus: «Le bœuf connaît son propriétaire, et l'âne la mangeoire de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas.» (Esaïe 1,3)

  • V.Vt