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Les orthodoxes craignent l’indépendance du Kosovo Version imprimable Suggérer par mail
11-01-2008

Serbes orthodoxes et Albanais musulmans doivent apprendre à vivre ensemble

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Eglise orthodoxe de Çagllavicë, près de Pristina.

Photo : Bertrand Cottet/Strates  


Le Kosovo obtiendra-t-il son indépendance en ce début d'année? Les chrétiens orthodoxes serbes, qui vivent dans cette région encore officiellement rattachée à la Serbie, ne le souhaitent pas. Ils craignent pour leur sécurité: les tensions qui opposent Serbes et Albanais couvent toujours.

Après l'intervention de l'OTAN en 1999 pour stopper la répression des autorités de Belgrade contre les Albanais, les Serbes orthodoxes sont passés d'un jour à l'autre du camp des oppresseurs à celui de la minorité apeurée.

Mais ne nous y trompons pas. Le conflit opposant Serbes et Albanais n'a rien d'une guerre de religion, même si être Serbe dans les Balkans signifie également être orthodoxe. Il s'agit avant tout de l'opposition de deux nationalismes incompatibles, que les leaders populistes ont toujours légitimés par des symboles religieux et historiques.

Jeu politique 

Exemple: le 28 juin 1989, devant près d'un million de militants, Slobodan Milosevic prononçait à Pristina le discours fondateur de la renaissance nationaliste serbe au Kosovo. Il avait monté sa tribune sur le champ de bataille nommé «Gazimestan», où l'armée chrétienne s'était inclinée en 1389 face à l'envahisseur turc et musulman. En se montrant à cet endroit, le leader serbe ancrait sa politique de fer dans le mythe de la grande Serbie, et donnait à son programme la légitimation religieuse qui lui manquait. C'était le prélude à une décennie de répression menée par le pouvoir de Belgrade contre la majorité albanaise.

Pourtant, cette lointaine défaite des chrétiens face aux musulmans au XIVe siècle n'a  pas signifié la conversion forcée des populations locales. L'Empire ottoman pratiquait une réelle tolérance religieuse, et la population est restée longtemps majoritairement orthodoxe. L'islamisation a été menée par des sectes derviches (des mystiques musulmans organisés en confréries) et soutenue au cours des siècles par d'autres facteurs, comme des mouvements de population et la différence du taux de natalité au sein des deux groupes ethniques.

Conséquence, la proportion entre orthodoxes et musulmans a fini par s'inverser, les premiers représentant moins de 15% de la population. Aujourd'hui, la pratique de l'islam au Kosovo reste très modérée, et les tentatives d'implantation de groupuscules plus radicaux ne connaissent guère de succès. Les orthodoxes, quant à eux, pratiquent leur religion discrètement, mais avec ferveur.