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«Le côté libérateur de la prière» Version imprimable Suggérer par mail
21-02-2008

De retour de Jérusalem, le philosophe Alexandre Jollien parle de son voyage, de la religion et de la vie de famille

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Alexandre Jollien: «Quand je lis quelque chose qui m'aide à vivre.»

Photo : www.mair.ch 

 

Vous rentrez de Jérusalem. Qu'est-ce qui vous a frappé dans ce voyage?
Alexandre Jollien: Le dernier jour, je suis allé à Bethléem. Voir le mur de séparation m'a vraiment choqué. La ville de la Nativité s'est transformée en terrain d'oppression. Qu'est-ce qui peut justifier de réaliser un mur de 6 mètres de haut et de réduire une population à être emprisonnée? La haine accroît la haine. Je me suis demandé si on désirait résolument la paix. Jérusalem, Bethléem, les campagnes, tout cela était magnifique. Mais y a-t-il une terre, aussi chargée d'histoire soit-elle, qui justifie des bains de sang? Ces lieux magnifiques évoquent des souvenirs pour un chrétien. Voir que ce ne sont pas que des noms, que tout cela existe réellement fait que je lirai l'Evangile de manière différente, maintenant.

Jérusalem, carrefour des trois monothéismes, pose plus de questions religieuses que philosophiques. Cette problématique vous intéresse-t-elle?
Oui, tout à fait. Et rien ne vaut le contact réel avec les choses. J'ai perçu le danger de réduire Dieu à notre mesure, à l'enfermer dans un clan: «Il est à nous, le vôtre est différent. Le nôtre est le vrai, le juste.» La religion devrait ouvrir à l'autre. C'est toute la différence entre une idéologie qui fait d'un territoire quelque chose de sacré et une religion vécue en esprit, qui ramène à l'essentiel. J'ai perçu l'urgence du débat sur les religions, car la religion sépare parfois, comme un paravent. Déjà Jésus chassait les marchands du Temple. Au sens large, ce sont ceux qui utilisent la religion de manière politique ou intéressée. En même temps, j'ai senti un point commun dans la quête de l'absolu, dans la prière, dans une façon de vivre le monde en ne le réduisant pas à un pur matérialisme. La rencontre avec des croyants authentiques nous révèle la fraternité. Quand la foi est une invitation à l'intériorité, à ce moment-là, elle nous rapproche.

Vous devez beaucoup à la philosophie antique. Que vous a-t-elle appris?
La philosophie est d'abord un art de vivre et une série d'exercices spirituels. J'aime cette idée. C'est une conversion intérieure, une école de liberté. J'aime bien la double visée de la philosophie grecque pour laquelle il y a une sagesse théorique et une sagesse pratique. La première éclaire la seconde. Si nous essayons de comprendre le monde dans lequel nous vivons, c'est pour essayer de devenir meilleurs et d'accomplir pleinement notre métier d'homme. La philosophie grecque offre des outils existentiels accessibles, qui nous aident à cheminer vers plus de liberté et de joie. Je découvre qu'il y a aussi des outils dans la tradition chrétienne. J'aime beaucoup Ignace de Loyola, qui réhabilite le désir et nous propose de placer notre vie dans des repères. Qu'est-ce que la vie m'invite à donner, dans la joie?

Discerner le sens de la vie.»

Vos premiers livres montraient comment mieux supporter la souffrance. Aujourd'hui, vous demandez comment trouver la joie. Une solution?
Il y a un danger à placer la souffrance au centre de sa vie. De considérer la vie comme une guerre à remporter contre la douleur. La lecture de philosophes, de Spinoza en particulier, m'a montré que la joie pouvait être un moteur, une ouverture, une disponibilité à la vie, une façon de l'accueillir avec liberté. Combattre la souffrance est hyperlégitime, mais cela peut nous enfermer dans notre moi. Tandis que la recherche de la joie inclut l'autre.