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Dossier
Le livre noir des chrétiens persécutés Version imprimable Suggérer par mail
21-02-2008

Dans un grand nombre de pays, le fait d'être chrétien vous attire pressions et brimades. Le point sur cette injustice oubliée

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Manifestation pacifique à New Delhi pour que cesse la persécution des chrétiens en Inde.

Photo : Adnan Abidi / Reuters 

 

Depuis une bonne quinzaine d'années, le Français Thomas Grimaux sillonne le monde en quête d'informations sur les persécutions antichrétiennes. Cette longue expérience du terrain lui permet de poser un regard documenté sur la situation dramatique que vivent des millions de chrétiens à travers le monde.

«Certains actes sont le fait de déséquilibrés isolés, explique-t-il. Comme lorsqu'un homme ivre tue un prêtre en Belgique. Cela a toujours existé. La nouveauté, c'est la persécution organisée, systématique, étatique. Elle est le résultat de campagnes menées par des partis politiques dont le programme prévoit l'élimination du christianisme.»

Cela ne se passe pas forcément où l'on imagine. Un pays totalitaire comme la Syrie peut présenter toutes sortes de défauts, mais la minorité chrétienne n'y est pas persécutée. Même chose pour l'Irak de Saddam Hussein. «Les chrétiens vivaient mieux sous ce régime que depuis la seconde guerre du Golfe. La moitié d'entre eux ont quitté le pays depuis», reconnaît Thomas Grimaux.

Dans son dernier ouvrage*, le chercheur décrit les trois sources principales de persécutions: l'hindouisme et le bouddhisme, le communisme, l'islamisme.

Hindouisme et bouddhisme

L'Inde d'aujourd'hui n'est pas le berceau tranquille de la non-violence prônée par mahatma Gandhi. Au contraire. Les attaques antichrétiennes s'y multiplient de façon inquiétante. Aux églises et 600 maisons détruites en décembre dernier, s'ajoutent des pressions quotidiennes sur les chrétiens dans un bon tiers des Etats du pays.

«Cette violence est entretenue par des partis à caractère fondamentaliste, explique l'auteur du «Livre noir». Un parti comme le BJP ne se présente pas comme un parti religieux, mais son programme veut retrouver la pureté originelle de leur religion et de leur nation.»

Ce désir de pureté fondamentaliste tend à l'exclusion des autres, considérés comme une menace. Au nom de cette théorie politique, un parti comme le BJP s'efforce d'appliquer un programme d'interdiction du christianisme, qu'il réalise dans certains Etats indiens. Là où les partis extrémistes sont forts, les violences sont en forte progression.

L'Etat d'Orissa, où certains commerces et hôtels sont interdits aux chrétiens, connaît des bastonnades depuis Noël dernier. Dans un autre Etat, la proximité d'élections renforce la tension, avec un parti défendant explicitement l'hindouité du pays. Les lois anti-conversion ne s'appliquent qu'au christianisme.

«Cette situation est largement ignorée en Occident, s'étonne Thomas Grimaux. Les défenseurs des droits de l'homme ne se font guère entendre à ce sujet. Il ne s'agit pas de dénoncer l'hindouisme en Inde, ou le bouddhisme au Sri Lanka ou au Bhoutan, mais d'ouvrir les yeux sur des dérives fondamentalistes dont les chrétiens sont les premières victimes.»