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Mars 2008
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Bible ouverte
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L'ange de la dernière nuit du Christ |
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| 21-02-2008 | |||
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Une jeune chercheuse démontre le côté humain de Jésus à l'approche de sa mort
Rappel des faits. Tandis que l'obscurité recouvre le mont des Oliviers, Jésus veille, conscient que sa fin est proche. Ses disciples dorment à proximité. «Alors lui apparut un ange qui le fortifiait. Pris d'angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient à terre.» (Luc 22, 43-44) Etrange mention! Elle a tellement dérangé les commentateurs que la recherche moderne l'a évacuée. Sous prétexte que le manuscrit le plus ancien connu de l'Evangile de Luc, le «P75», la passe sous silence. «J'ai décidé de me pencher sur cet épisode qui n'intéressait plus personne, explique Claire Clivaz. Car ce papyrus n'est pas écrit de la main même de Luc, c'est une copie circulant parmi d'autres. J'ai pu montrer que ces versets y avaient été enlevés, plutôt qu'ajoutés dans des manuscrits plus récents!» S'ils manquent ici et pas là, c'est l'indice d'une polémique dans l'Eglise primitive. Pourquoi donc a-t-on voulu cacher ces versets? Parce que cela donnait l'impression d'un Jésus trop faible. Tandis que Luc présente, prétend la recherche moderne, un Jésus sans émotions à l'approche de la mort. Une «mort noble», semblable à celle de Socrate. «Cela ne colle pas, conteste Claire Clivaz. Jésus demande juste avant à Dieu d'éloigner cette coupe de douleur.» C'est donc bien un Jésus humain, avec des émotions, que Luc décrit. Lutte extrêmeLa chercheuse y décèle moins de la peur que du désir. Elle parvient à démontrer que l'expression grecque «pris d'angoisse» signifie aussi «entré en lutte»: «Jésus est d'abord fortifié par un ange, pour une lutte, un combat de prière.» Grattage de texte pour spécialistes? Pas tout à fait. Cela montre que Jésus a lutté. Comme Jacob a lutté... avec un ange justement. Des chrétiens d'origine juive voyaient d'ailleurs dans le Christ un nouveau Jacob. «Cette découverte de Jésus qui lutte m'a beaucoup apporté, confie la théologienne. L'image de ce grand lutteur me rappelle par exemple qu'à côté d'un malade à l'hôpital, il y a quelqu'un qui se bat.» Quant à la «sueur comme du sang», Claire Clivaz s'est renseignée dans le monde médical. «La sueur sanglante est attestée plusieurs fois au cours de l'histoire par des médecins, dans le cas de phénomènes mystiques à la limite du réel. Dans une lutte extrême, le corps dicte sa loi.» Les Grecs anciens racontaient aussi qu'un athlète franchissant les limites de ses forces pouvait suer du sang. Mais contre quoi Jésus a-t-il lutté? «Il y a l'idée que dans la prière, nous pouvons négocier avec Dieu. N'avons-nous pas tous eu l'impression un jour de lutter contre Dieu? Pour découvrir plus tard que c'était avec nous-même, nos désirs, nos illusions.» Une lutte pour aller plus loin.
* Claire Clivaz, «L'ange et la sueur de sang ou comment on pourrait encore écrire l'histoire», à paraître en 2008 chez Peeters (Leuven, série BiTS). |
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