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Et si Dieu était une femme? Version imprimable Suggérer par mail
21-02-2008

Une belle exposition à Fribourg révèle une face cachée du Dieu biblique: l'Eternel féminin. Visite avec Othmar Keel, son commissaire

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La déesse Ashéra vénérée à Jérusalem, vers 650 av. J.-C.

Photo : Musée Bible+Orient 

 

On se demande pourquoi il a fallu attendre notre époque pour que la question vienne sur le tapis. Et si Dieu était une femme? Othmar Keel, professeur émérite de théologie de l'Ancien Testament, passionné d'archéologie, a rassemblé textes et objets soulignant des traits féminins dans le Dieu biblique.

Dans les textes hébreux anciens, les indices ne manquent pas. «Comme une mère console, je vous consolerai» (Esaïe, 66, 13). Dans ce passage d'Esaïe comme en d'autres, les termes utilisés renvoient à l'affection maternelle. Ou le prophète Osée, qui fait dire à Dieu: «Je suis Dieu, et non pas mâle.» Tout au début de la Bible déjà: «Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa.»

Comment a-t-on négligé cette dimension féminine? Othmar Keel a son idée: «Dieu a créé l'homme à son image, certes. Mais l'homme a aussi su créer Dieu à son image.» Cet éloignement des aspects féminins n'est pas survenu d'un coup.

La plupart des idoles retrouvées au Proche-Orient par les archéologues, les plus anciennes datant de douze mille ans, sont des figurines de femmes. Dès le IIIe millénaire avant notre ère, ces divinités sont identifiables, elles ont un nom. Un modèle de dieu se développe alors, sous forme d'une triade: le dieu a une déesse à côté de lui, et un enfant, signe de renouvellement.

La plus célèbre de ces triades est celle d'Osiris, Isis et Horus, en Egypte. Un mythe raconte les hauts faits d'Isis. Elle est la femme idéale qui s'occupe de son fils le pharaon, et qui va redonner vie à son mari mort. Cette déesse égyptienne était encore vénérée sous l'Empire romain. Jusqu'en Suisse où l'on a retrouvé une statuette à Vallon (FR). Cette déesse est l'équivalent du destin, elle décide de tout. Elle invente l'écriture, la navigation, donne les lois, crée fruits et légumes, l'étoile du Sud, construit les villes...

Partenaire féminine de Dieu 

Yahvé, le Dieu de la Bible, avait lui aussi, dans les premiers temps, une partenaire féminine, Ashéra, selon Othmar Keel. Cette compagne a été bannie du temple lors de la réforme du roi Josias, au VIIe siècle avant notre ère. Plus tard, elle reparaît, sous la forme de la Sagesse.

Comme Ashéra, la Sagesse pouvait prendre la forme d'un arbre. Elle est présente lors de la création du monde (Proverbes, 8, 22-31), et pas seulement comme une conseillère avisée: «Il faudrait dire qu'elle a amusé Dieu, pour que le monde soit bon», commente le théologien.

Chez les chrétiens, cette sagesse, «sophia», féminine, sera masculinisée, sous la forme du «logos» - le verbe, la parole - qui était avec Dieu, au début de l'Evangile selon Saint Jean.

«L'humanité aime s'adresser au divin par des figures féminines, résume Othmar Keel. Voyez la Vierge Marie. Les représentations les plus anciennes en font le trône de Dieu: elle est assise avec Jésus sur ses genoux. Puis elle prend de l'importance, avec l'enfant dans ses bras.

Enfin, au XIXe siècle, elle est seule, distribuant sa grâce. Dans les dizaines d'apparitions de la Vierge au XIXe siècle, à Lourdes ou ailleurs, elle est toujours seule. Elle devient de plus en plus divine, ce qui est théologiquement douteux.»