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Un aumônier au front avec les recrues Version imprimable Suggérer par mail
30-03-2008

Jean-Marc Savary est le premier aumônier professionnel de l'armée suisse. Une tâche qu'il effectue auprès des recrues, dont une nouvelle volée vient d'entrer sous les drapeaux

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Jean-Marc Savary: «L'aumônerie est une soupape où chacun peut dire ses soucis.»

Photo : bn 


Depuis l'été dernier, il est le premier aumônier militaire professionnel, engagé à mi-temps pour cette fonction. Jusqu'alors, jamais l'armée suisse n'avait salarié un homme d'Eglise. A l'heure où des centaines de jeunes recrues viennent de commencer leur école, c'était l'occasion de rencontrer le pasteur Jean-Marc Savary, également aumônier de jeunesse de l'Eglise protestante vaudoise.

Car c'est justement auprès des recrues que le capitaine Savary déploie son ministère. «Les autres aumôniers sont des aumôniers de milice, comme je l'étais moi aussi jusqu'à l'an dernier. Il est probablement plus aisé d'organiser son temps militaire en accompagnant un cours de répétition de trois semaines que de se rendre au coup par coup, durant toute l'année, auprès des recrues qui font leur école.» Mais il y a quand même des aumôniers de milice pour s'occuper des écoles situées près de chez eux.

«Pas vraiment un camp de vacances»

Du coup, Jean-Marc Savary a la charge des écoles les plus éloignées. Dynamique, ce pasteur de 38 ans hausse les épaules en souriant, quand il évoque le temps passé sur la route pour répondre aux demandes. «L'école de recrues, ce n'est pas vraiment un camp de vacances. L'aumônerie, c'est une soupape où chacun peut dire ses soucis et poser ses questions en toute sécurité. Mais ce n'est pas la première vocation de l'armée. Alors pour faire quelque chose qui ait du sens, c'est à nous d'être là quand on nous fait de la place et quand il y a des besoins exprimés.»

Etre un interlocuteur pour tous ces jeunes est ce qui motive Jean-Marc Savary, qui «croit très fort» à l'utilité de son ministère. «Ils apportent leurs problématiques civiles à l'armée. L'aumônier n'est pas là pour faire de l'évangélisation mais il peut montrer qu'il y a une autre manière d'envisager la vie. Certains sont tout étonnés de savoir qu'il y a quelqu'un qui est là pour eux, gratuitement, sans contrepartie, juste parce que l'être humain a suffisamment de valeur pour que quelqu'un soit à son écoute.»

Mais au fait, pourquoi a-t-il été choisi, lui, un Romand? «Entre autres, justement parce que je suis Romand. L'armée manque particulièrement d'aumôniers francophones.» Quant à savoir si le fait d'être protestant a joué dans sa nomination, Jean-Marc Savary balaie l'argument. «L'armée a sans doute fait un travail précurseur en matière d'œcuménisme en Suisse. Ça fait très longtemps que protestants et catholiques y travaillent ensemble et pratiquent la subsidiarité.»

«Œcuménisme à la sauce suisse»

Du reste, selon l'aumônier, la plupart des jeunes qu'il rencontre à l'armée ne font pas vraiment la différence entre un pasteur et un curé. «Pour beaucoup d'entre eux, l'école de recrues est leur première occasion de rencontrer un homme d'Eglise. Qu'il soit catholique ou protestant leur importe peu. Ce qui compte, en revanche, c'est qu'il y ait toujours auprès d'eux un francophone et un germanophone. C'est l'œcu­ménisme à la sauce suisse!» Pas de guerre de religions à l'armée, donc.

C'est aussi à l'aumônier chrétien que les jeunes soldats musulmans s'ad­ressent lorsqu'ils ont des soucis. «Pour certaines questions, je n'ai pas la réponse immédiate et je dois me renseigner un peu avant de pouvoir les aider. Lorsqu'il y a des soucis plus précis, comme la question des prières quotidiennes, les solutions sont souvent faites de compromis.» 

  • J. F.