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Vie de l'Eglise
Martin Luther King, un héritage à retrouver Version imprimable Suggérer par mail
30-03-2008

L'homme a été assassiné il y a quarante ans, mais le mythe demeure

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Le Dr King en visite au Conseil œcuménique des Eglises à Genève, en juin 1967.

Photo : John P. Taylor/COE 


Martin Luther King est mort le 4 avril 1968 à Memphis, après avoir passé plusieurs années à se battre pour les droits des Noirs aux Etats-Unis. Figure de proue du mouvement non-violent américain, le pasteur baptiste était scandalisé par les inégalités abyssales séparant les Noirs des Blancs.

Plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964, King bouleverse l'Amérique par la force de sa conviction et son amour pour autrui, ami ou ennemi. Car c'est sur sa foi chrétienne que le jeune Afro-Américain s'appuie pour demander l'avènement d'un monde plus juste. Quarante ans plus tard, que nous reste-t-il de cette figure?

Serge Molla, pasteur, qui a dédié sa thèse de doctorat à la théologie selon Martin Luther King, voit plusieurs apports dans l'extraordinaire héritage humain du pasteur noir. «Tout d'abord, les stratégies qu'il a utilisées lors de sa lutte sont devenues extrêmement populaires. D'innombrables mouvements de libération à travers le monde se sont inspirés des tactiques qu'il a utilisées.»

Des actes concrets

N'oublions cependant pas que c'est avant tout en tant que pasteur que King luttait pour l'amélioration de la condition des Noirs. Son héritage éthique et théologique n'est donc pas négligeable.

Dans l'Eglise, il inspire ceux qui refusent de séparer les paroles des actes. «Martin Luther King nous invite à repenser le rapport entre notre vie quotidienne et la spiritualité. Il est entièrement enraciné dans le concret, ce qui en fait un leader très percutant», relève Serge Molla.

L'influence de Martin Luther King, loin de s'arrêter aux frontières américaines, s'est diffusée partout où les inégalités raciales persistaient. Particulièrement en Afrique du Sud lors de la lutte contre l'apartheid.

«Cette grande figure du mouvement non-violent a été, pour des milliers de personnes persécutées, la preuve qu'il est possible d'agir.» Et de changer le visage d'une société sans faire appel aux armes. Après Gandhi, King ouvre donc une voie de libération nouvelle, quasi impensable jusque-là.

Pas étonnant que l'image du pasteur noir soit récupérée, aux Etats-Unis ou ailleurs. Son fantôme plane ainsi sur la campagne électorale qui passionne actuellement l'Amérique. «Les candidats démocrates prétendent offrir aux Américains une société semblable à celle rêvée par King.»

Dur d'abandonner le rêve d'un monde plus juste, surtout lorsqu'il a été désiré en des termes aussi parlants que ceux de King s'adressant à la foule dans le discours: «I have a dream».

Les électeurs mordent à l'hameçon. Et Obama (qui n'a pourtant aucun ancêtre esclave dans les plantations de coton) tente de jouer le jeu de l'Afro-Américain qui concrétise le rêve de King: celui de l'intégration, de la fraternité entre toutes les communautés humaines.

La vision de Martin Luther King est loin de s'être réalisée. On ne change pas le monde en une allocution, et cependant son discours prônant un monde plus juste est plus que jamais d'actualité. Reste à savoir ce que nous ferons de ses paroles. On peut lire sur la plaque mortuaire déposée dans l'hôtel de Memphis, où il a été assassiné: «Tuons-le, et voyons ce qui advient de son rêve.»

  • A. J.

«La voie du respect»

Trois questions au pasteur Roger Buangi Puati, auteur de «Christianisme et traite des Noirs»*.

puati_rogerY a-t-il des textes dans l'Evangile condamnant clairement l'esclavage?
Roger Puati: Non, car les Evangiles sont ambigus. Jésus invite les disciples à être des serviteurs: «doulos» en grec dans les Evangiles signifie également «esclave» ce qui peut induire des confusions.

Comment expliquer que l'esclavage ait existé dans une société chrétienne?
Les Noirs n'étaient pas reconnus comme des êtres humains. Ils étaient donc exclus de toute la pensée humaniste des Eglises ou des philosophes des Lumières. Le combat pour les droits des Africains a d'abord été de prouver qu'ils étaient humains, au même titre que les Blancs.

Pour les Africains aujourd'hui, le christianisme peut-il être une arme de libération?
Oui, si leur foi seconcrétise sur les plans économique, politique et social. La foi en Christ s'exprime dans tous les domaines, pas seulement dans les rites. Jésus nous montre la voie du respect de l'individu. C'est une dimension essentielle, qui peut être la base d'une théologie de libération.

  • A. J.

*Ed. Saint-Augustin, 2007. Dossier sur www.protestant-vaud.ch