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Un cours public avec Daniel Margueratet Eric Junod cherche qui a fondé le christianisme
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Daniel Marguerat: «Jésus n'avait pas l'idée de créer un mouvement religieux autonome séparé du judaïsme.»
Photo : Dr
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L'Eglise était-elle dans le projet de Jésus?
Daniel Marguerat: Il y a cinquante ans, la réponse était simple: c'est Jésus de Nazareth qui a posé les bases de l'institution ecclésiastique à partir d'un noyau de disciples. Mais depuis une trentaine d'années, la recherche découvre la profonde judaïté de Jésus. Il était juif à 100%, avec pour ambition de réformer la foi juive. Il n'avait pas l'idée de créer un mouvement religieux autonome séparé du judaïsme. Son idée de réforme a échoué. Parce que les autorités juives ont rejeté son entreprise, jugée dangereuse pour elles. Et parce que la destruction du Temple de Jérusalem, en l'an 70, va précipiter la rupture entre le christianisme et le judaïsme qui se repliera sur lui-même pour survivre. Sans cela, la séparation se serait passée de manière moins dramatique. Le christianisme garde cette particularité que sa figure emblématique, Jésus, ne lui appartient pas.
Que dites-vous de l'idée que l'Eglise naît d'une trahison de la pensée de Jésus?
Je réponds: non. C'est l'idée du complot, réactualisée par le roman de Dan Brown, «Da Vinci Code». L'Eglise n'est pas contraire au projet de Jésus. Il avait créé autour de lui un noyau d'hommes et de femmes qui était une recomposition du peuple juif, conforme à sa réforme. C'est bien cette impulsion et son image de Dieu que les premiers chrétiens ont reçues. Entre Jésus et l'Eglise, il y a continuité dans la redécouverte d'un Dieu proche et exigeant. Jésus a contesté une hiérarchie de la société en purs et impurs, libres et esclaves, juifs et païens, élus et réprouvés, hommes et femmes. Pour lui, Dieu accepte inconditionnellement l'être humain. Ce faisant, Jésus remet en question l'organisation même de la foi d'Israël basée sur le pur et l'impur, notamment dans l'alimentation, pierre de touche de la foi pharisienne. Même les mécréants reçoivent le pardon, qu'il octroie lui-même. Les rites perdent leur raison d'être. Son enseignement était ferment d'universalisme. Il a donc été jugé dangereux au point qu'il fallait l'éliminer.
Ensuite les apôtres vont apporter leur touche...
Cette universalité que Jésus imaginait interne au judaïsme trouve son succès à l'extérieur. Il a fallu changer de terrain. Le génie de Paul a été de populariser le Dieu universel de Jésus. C'est l'apôtre qui pose ainsi les bases de la rupture entre christianisme et judaïsme, qui n'interviendra qu'après lui. Dans sa pensée, observer la Torah, la loi juive, n'est plus le passage obligé. Voilà ce qui change.
Alors l'inventeur du christianisme, c'est Paul?
Sans Jésus, Paul n'a rien à dire. Mais sans Paul, le christianisme n'aurait pas acquis l'identité qu'il a connue. Dieu ne serait pas devenu le Dieu de tout le monde. En raison de sa double culture, juive et gréco-romaine, l'apôtre des païens a rendu le christianisme compatible avec l'ensemble de l'humanité. Avec lui, le centre de gravité du mouvement, qui était resté à Jérusalem, passe du côté des non-juifs. Le christianisme est né petit à petit, par contamination à partir d'une foule de croyants anonymes, dont quelques noms ressortent, Jacques, Pierre ou Paul. Bien avant de devenir religion officielle au IVe siècle, l'Eglise naît de microsociétés où des hommes et des femmes se découvrent égaux et reconnus dans leur dignité. En raison de cette potentialité universelle, elle n'est pas restée la secte juive qu'elle était au début.
Un cours public
- «Qui a fondé le christianisme?» Le dernier cours public avant la retraite des professeurs Daniel Marguerat et Eric Junod. Les mardis 22 et 29 avril, 6 et 13 mai à 18h15 à l'UNIL Dorigny, bâtiment Anthropole, salle 2106. Entrée: 12 fr. (40 fr. pour l'ensemble); AVS, apprentis, chômeurs: 8 fr. (25 fr. l'ensemble); membres UNIL: gratuit. Rens.: www.unil.ch/theol
- Leçon d'adieu d'Eric Junod et de Daniel Marguerat, mardi 20 mai 17h15, même endroit.
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