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Un film dénonciateur fait scandale aux Pays-Bas. Une initiative souhaite interdire les minarets en Suisse. L'islam inquiète. Est-ce à juste titre? Trois spécialistes répondent aux questions qui fâchent
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Moment d'écoute à la mosquée de Genève
Photo : J.-J. Kissling
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1. L'islam est-il intrinsèquement violent?
Shafique Keshavjee, professeur de théologie à l'Université de Genève. Coauteur de «Dieu est-il violent?» (Bayard, 2008): Les violences sont multiples au sein de toutes les religions. Pas seulement les violences interreligieuses, mais aussi intrareligieuses. Gandhi a été assassiné par un hindou, Sadate par un musulman, Rabin par un juif. L'islam cherche à promouvoir la paix. Mais en son sein, certaines pratiques traditionnelles sont problématiques. Ainsi, la lapidation des personnes ayant commis l'adultère choque profondément la plupart des Occidentaux.
L'affirmation lénifiante selon laquelle ce type de peine avait une valeur dissuasive et que Mahomet faisait lui-même tout pour les éviter ne tient pas. La tradition islamique présente des récits où Mahomet lui-même fait prévaloir une interprétation littérale et dure. Le prophète de l'islam perçoit son rôle comme celui d'un retour à une interprétation plus stricte de la «Loi divine».
Il ne faut certes pas lui opposer les plus beaux textes évangéliques, comme celui où Jésus évite une lapidation. Mais il ne faut pas non plus accepter d'idéaliser des textes religieux d'autres temps, en en masquant les obscurités. Nous ne devons rien cacher pour embellir, mais regarder en face ce qui dans chacune de nos traditions pose problème.
Mounia Bennani-Chraïbi, professeur à l'Institut d'études politiques et internationales de l'Université
de Lausanne: La violence n'est pas intrinsèque à l'islam. Elle existe dans tout texte religieux, pas seulement dans l'islam. Le Coran comporte des versets «violents» et des passages «pacifistes». Des savants musulmans ont souvent adopté des lectures littéralistes.
Mais d'autres ont insisté sur la dimension métaphorique du texte. Ils distinguent les principes généraux de l'islam de certaines dispositions qui sont, selon eux, à replacer dans leur contexte historique. Ils estiment illusoire de considérer le Coran comme un tout cohérent. Ainsi, une notion comme le jihad fait l'objet de plusieurs interprétations. Certains y voient une guerre sainte, d'autres le comprennent comme un effort pour s'améliorer intérieurement.
En fait, la violence est due à des facteurs sociaux, économiques, politiques et internationaux. Surtout que dans l'islam, il n'existe pas une autorité sacrée qui monopolise l'interprétation des textes sacrés. En l'absence d'intermédiaire entre Dieu et le croyant, des fidèles peuvent s'autoproclamer détenteurs d'une interprétation qu'ils vont qualifier de «vraie».
2. L'islam est-il misogyne?
Mounia Bennani-Chraïbi: A son époque, dans une société tribale, le Coran était un texte révolutionnaire. Certaines dispositions, adaptées au VIIe siècle, donnaient des droits aux femmes qu'elles n'avaient pas auparavant. Des femmes ont joué un rôle essentiel, comme la première épouse du prophète, Khadija.
En réalité, il n'y a pas de religion féministe. Le féminisme est une conquête sociale qui a dû affronter les idéologies, même laïques. Il existe aussi des féministes islamistes. En Arabie saoudite et en Iran, elles se ressourcent dans le Coran pour lutter contre un ordre culturel et politique qui les opprime.
Notez que le voile s'est développé dans les années 1970, en lien avec la sortie des femmes dans l'espace public et d'autres changements de société. Il est souvent vécu comme un instrument de libération, une manière pour les femmes de défendre leur identité et leur respectabilité.
Shafique Keshavjee: Aujourd'hui, bien des intellectuels musulmans reconnaissent l'ambivalence des textes fondateurs de leur tradition et ne cherchent plus à les cacher, mais à les contextualiser.
D'autres, par une lecture littéraliste, y puisent force et fierté. Pendant des décennies, l'Occident a soutenu aveuglément l'Arabie saoudite pour profiter de son pétrole et de ses pétrodollars. Or avec leur argent, les wahhabites saoudiens ont formé des milliers de théologiens musulmans dont la lecture des textes est non seulement traditionnelle, mais rétrograde, et en conflit avec d'autres formes de cette religion.
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