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Dossier
Faut-il avoir peur de l'islam? Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2008
 

3. L'islam est-il en train de conquérir l'Europe?

Mounia Bennani-Chraïbi: Une telle interrogation  reflète avant tout les peurs et les phobies à l'égard de la différence. En réalité, les musulmans qui s'installent en Europe, croyants ou non, veulent juste vivre leur petite vie sans rien imposer. Ils se trouvent souvent dans une situation fragile de transition. Les stigmatiser n'aide pas à leur intégration.

Les familles musulmanes en arrivent rapidement à un modèle familial européen avec peu d'enfants. En une ou deux générations. Nous pourrions à l'inverse souligner que dans les sociétés musulmanes, c'est la suprématie américaine qui est perçue comme une tentative de conquête, d'exploitation et d'oppression.

Shafique Keshavjee: Restons attentifs à un long passé de contentieux. Le statut de dhimmi, de protégé, accordé aux minorités monothéistes non musulmanes en terre d'islam leur garantissait des droits. En même temps, une discrimination forte à leur égard s'est manifestée avec beaucoup de vexations.

Cela dit, les chiffres des démographes les plus sérieux ne confirment pas un risque de subversion du christianisme dans le monde ou en Europe dans les décennies à venir. Dans l'Europe au sens large, les musulmans représentaient moins de 5% de la population en 2000. Ce sera peut-être 8% en 2050. En 2000, les musulmans représentaient 20% de la population mondiale. En 2025, les prévisions parlent de moins de 24%.

4. Comment garantir la liberté religieuse?

Shafique Keshavjee: Les musulmans qui changent de religion sont inquiétés. Certains menacés de mort. Des familles se trouvent déchirées, du fait de conversions forcées, ou lors de mariages. Or en Suisse, nous tenons à la liberté de conscience. La Constitution vaudoise précise bien que cette liberté n'est pas seulement celle de se joindre à une communauté religieuse, mais aussi celle de la quitter.

Notre droit constitutionnel doit clairement primer sur les traditions religieuses. Cela vaut pour les sectes et aussi pour le propos attribué à Mahomet qui dit: «Celui qui change de religion, tuez-le!» Suivant où, cette injonction est encore prise à la lettre.

Le plus utile aujourd'hui est de mettre en lumière ce qui, dans sa propre tradition, est irrespectueux des autres, voire criminel. Là où des hommes et des femmes poursuivront avec courage le travail d'éclairage de leurs propres ténèbres, il y aura un barrage à la violence. Le défi est de désacraliser les violences, éventuellement légitimes, du passé, et de stimuler le potentiel de pacification chez les acteurs d'aujourd'hui.

Mounia Bennani-Chraïbi: D'une manière générale, les textes religieux sont peu tolérants à l'égard des autres religions. La tolérance est avant tout un processus social et historique. Avant d'en arriver à sa situation pacifiée, la Suisse a également connu des conflits religieux sanglants. En Europe, la liberté religieuse est aujourd'hui codifiée par le droit. Des musulmans aspirent aussi à vivre leur religion dans le respect des lois des pays qui les accueillent.

  • V.Vt