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Le défi d'une présence islamique accrue
L'éclairage de Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse et du Conseil suisse des religions
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Thomas Wipf
Photo : bn
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Les chrétiens doivent-ils s'inquiéter d'une présence plus forte de l'islam en Suisse?
Thomas Wipf: Nous devons prendre conscience que les chrétiens comme les musulmans recouvrent une réalité d'une grande diversité. Il n'existe pas simplement deux blocs, un «nous» et un «eux». De part et d'autre, la palette est large. Reste que la présence islamique accrue pose un défi. Il s'agit de partager notre espace de vie avec des personnes qui nous sont étrangères en bien des aspects. La question décisive est de savoir comment le partager de manière à ce que personne n'ait le sentiment d'être écrasé et que chacun puisse vivre sa foi et sa culture. Notre société est marquée par la tradition judéo-chrétienne. La liberté de religion est un droit fondamental. Comme la Suisse ne connaît pas de zones de non-droit, la pratique de la foi doit elle aussi être en conformité avec la loi. En outre, nous avons clairement fait comprendre au sein du Conseil suisse des religions qu'une limite était dépassée à partir du moment où la communauté islamique impose ses droits uniquement par des moyens juridiques et ne manifeste pas le désir de dialoguer et de bâtir la confiance.
Quelle est l'action juste pour un chrétien, pour une paroisse, dans ses relations avec les musulmans?
Ouvrir les yeux et développer de l'intérêt pour ses propres origines comme pour la culture et la religion étrangère, rendre possible des rencontres. J'ai parfois l'impression que ce souci se situe un peu unilatéralement de notre côté. C'est un problème culturel, mais qui a aussi un rapport avec la formation et les connaissances linguistiques. Il est en outre important de ne pas vouloir se rapprocher trop précipitamment sur le plan religieux par des prières et des cultes en commun. Le rapprochement est un processus qui doit être construit avec prudence.
Que demandez-vous aux musulmans de Suisse?
J'attends de nos concitoyens musulmans qu'ils soient conscients du fait qu'ils partagent un espace de vie et de culture avec d'autres. J'ai de la difficulté lorsqu'on se pose en victime. Notre Etat de droit traite tout le monde sur un pied d'égalité. Je souhaiterais que les musulmans s'expriment plus clairement sur des événements à l'étranger qui préoccupent également les personnes en Suisse. Il est important que l'on sente qu'ils prennent leurs distances par rapport à certaines choses. Nous ne pouvons pas dire aux musulmans comment ils devraient lire le Coran, mais nous pouvons leur dire que grâce à l'exégèse historique et critique de la Bible, la foi chrétienne peut énormément gagner en profondeur.
Un dialogue, des difficultés
- Des plates-formes: Le Conseil suisse des religions est la plus importante plate-forme nationale de dialogue multilatéral. Elle a été crée à l'initiative de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse. «Nous y menons des débats constructifs sur une base de confiance selon le principe: parler les uns avec les autres plutôt que les uns à propos des autres», note Thomas Wipf. Des plates-formes de dialogue similaires existent au niveau régional et local.
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Des difficultés: Les représentants des associations musulmanes sont des partenaires de dialogue estimés pour les questions politico-religieuses. Mais ce ne sont pas des ecclésiastiques. Ces derniers ne parlent souvent aucune des langues nationales, ce qui rend difficile le dialogue théologique de fond. «La culture de dialogue est différente de la nôtre. Nous remarquons des différences d'ordre culturel: beaucoup de musulmans ont une conception tout autre de la société et de l'Etat. Ils ne font pas de distinction entre religion et politique», observe Thomas Wipf.
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