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Vie des gens
La vieillesse, toute une vie Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2008

Une présence fort appréciée de l'Eglise, celle auprès des résidents des EMS. Reportage avec un aumônier passionné

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Raymond de Rham (à g.) avec un résident: «Mon regard sur la vie a changé.»

Photo : bn 

 

Midi cinq. Raymond de Rham, 63 ans, aumônier protestant, entame sa tournée des cafétérias de la Fondation Mont-Calme à Lausanne, accueillant les personnes âgées. «J'aime saluer tout le monde, pour que chacun sache qu'aujourd'hui le pasteur est là.» Il a revêtu costume et cravate, comme toujours quand il travaille en EMS. «C'est ma manière de respecter nos aînés qui apprécient le décorum et l'élégance.»

Arrêt au secteur Sud, en psychogériatrie, où il prend soin d'offrir poignée de main et geste amical à chaque tablée. Il remet une enveloppe à une arrière-grand-maman enfoncée dans sa chaise: «C'est votre anniversaire!» Les frêles mains tremblantes ouvrent les vœux avec son aide. «Oh c'est très gentil!» s'illumine-t-elle d'un large sourire, en tendant le cou pour demander les bises pastorales.

«En EMS, j'ai découvert un univers chaleureux, où l'expression de l'amitié et de l'affection joue un grand rôle, confie Raymond de Rham. Je dois me souvenir de tous les noms des 300 résidents des cinq EMS dont je m'occupe. Ecrire une carte aux anniversaires est une manière de dire: Je ne vous oublie pas, vous existez.»

En réalité, le pasteur Raymond de Rham a vécu ici une véritable révélation. «Il y a huit ans, j'ai accepté ce poste à contre-cœur pour compléter un pourcentage en paroisse. Le choc des débuts m'a désorienté. Je me suis retrouvé un jour assis dans les escaliers à pleurer et à me demander ce que je faisais là. Aujourd'hui, j'aime ce ministère plus que tout. J'ai choisi de prendre un poste à plein temps dans les EMS et dois annoncer à ma paroisse que je la quitte. Ma vision de la vie a changé.» Difficile de trouver désormais plus grand défenseur d'une aumônerie auprès des personnes âgées.

«C'est l'un des travaux d'avenir de l'Eglise, soutient Raymond de Rham en faisant allusion au vieillissement de la population. C'est aussi l'une des rares occasions pour l'Eglise de nouer contact avec des gens qui ont leurs parents ici. Dans quelle autre paroisse peut-on saluer tous ses paroissiens chaque semaine?» Il a découvert dans ces murs calmes un monde trop oublié. «C'est un endroit où on vit. Nous ne pouvons pas changer le problème des résidents, à savoir leur âge. La perspective de la mort est implicite. Alors je dis: il y a une vie avant la mort!»

La vertu de la présence

Un vieil homme s'est assis près d'une fenêtre pour observer l'animation de la rue. Raymond de Rham vient échanger avec lui. «Les résidents m'accueillent bien, alors qu'ils pourraient m'envoyer balader.» Avec le franc-parler des personnes âgées, cela arrive parfois.

Mais le pasteur fait-il un travail social ou spirituel? «Je ne cache pas ma couleur. J'offre une occasion de réflexion sur la vie. Mon appui spirituel consiste à recevoir les questions des gens, leurs colères, aussi celles contre Dieu.» Le pasteur a redécouvert la vertu du calme et de la présence. «Pas besoin de parler, mais d'être là, d'écouter.» Sans craindre l'humour, qu'il appelle «la taquinerie amicale».

Passant entre deux portes, Abdel, chef infirmier, musulman et précieux soutient de l'aumônier, confie: «Les gens qui croient en quelque chose, quelle que soit leur religion, partent plus paisiblement. Nous le voyons.» L'enjeu est dit. «Certains mourants en difficulté n'arrivent pas à s'en aller, confirme le pasteur. L'apaisement vient quand ils résolvent leurs questions. Cela ne se provoque pas. Nous ne pouvons qu'aider la personne à se réconcilier avec elle-même, sa vie, les autres, ou avec Dieu.»

Jamais de morale. «Je ne suis pas indiscret sur la façon dont les gens rendent compte de leur paix ou de leur espérance. Je ne corrige rien de doctrinal, je ne m'occupe que des inquiétudes.» L'après-midi commence pour les résidents. L'aumônier monte rendre visite à ceux qui l'attendent avec impatience.

  • G.D.

L'aumônerie en bref

Les dix-huit régions ecclésiastiques consacrent chacune 4% des forces ministérielles aux EMS, davantage dans les régions à forte densité d'établissements, comme à Lausanne ou autour d'Aubonne et de Montreux. Coordinateur cantonal: Raymond de Rham, 021 648 38 53. Info internet