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Vie de l'Eglise
Mai 68, les Eglises dans le mouvement Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2008

Les Eglises ont vécu les soubresauts dela fin des années 1960. Un esprit qui perdure

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Mai 1968 à Paris. Sous les pavés, la plage! Vraiment?

Photo : RDB/Blick/Rudolf Rohr 

 

Autour de la fa­meuse année 1968, les réflexi­ons et les mobilisations se sont multipliées, notamment dans les Eglises. François de Vargas, ancien secrétaire de la Déclaration de Berne (DB) qui a été signée en janvier 1968, le souligne: «Cela a été des années très fécon­des. Beaucoup de mouvements ont été lancés pendant cette période.»

Le souci central: «Nous voulions une Eglise qui s'engage dans la société, qui se préoccupe des grands problèmes du monde», se souvient le pasteur genevois Jean-Pierre Zurn, qui faisait partie des vingt-deux jeunes nouveaux pasteurs à refuser la consécration pastorale au printemps 1967.

Guerre froide et décolonisation: le contexte est marquant. Les hiérarchies sont combattues à tous les niveaux, notamment dans le dysfonctionnement des relations entre les pays occidentaux et le tiers-monde. «Il y a eu une contestation du système établi, confirme Jean-Claude Huot, secrétaire romand de l'Action de carême, notamment avec un regard critique sur les anciennes pratiques missionnaires.»

Les aspirations de Mai 68 mobilisent une partie de la jeunesse engagée dans la foi chrétienne. Les idéaux de liberté sont associés à une exigence de responsabilité. Le lancement de la Déclaration de Berne donne un exemple. Le pasteur André Bieler n'a rien d'un gauchiste. Officier dans l'armée suisse, professeur de théologie à Lausanne, il est inspiré par la pensée économique et sociale de Calvin.

«Bieler pensait que les chrétiens, loin de se désintéresser de la vie du monde, devaient au contraire s'y engager à fond, rappelle François de Vargas. Il fallait changer les relations paternalistes de la Suisse avec les pays en développement.»

Le pavé du pasteur

En 1964 déjà, Bieler lance un pavé dans la mare: la Fédération des Eglises protestantes de Suisse doit prendre l'initiative de demander aux grandes puissances de renoncer à une partie de leurs dépenses militaires pour augmenter l'aide au tiers-monde. En pleine guerre froide, la proposition embarrasse.

André Bieler persiste, avec notamment Lukas Vischer. Début 1968, la Déclaration de Berne est signée par des milliers de personnes qui s'engagent à verser une partie de leur revenu pour l'aide au développement.

Le mouvement ne s'arrêtera plus. La DB va remettre en cause les attitudes du gouvernement et de l'économie suisses. Elle conteste la course aux armements. Elle entre en débat avec des multinationales, dont Nestlé, amorce le commerce équitable, les Magasins du Monde, la campagne Clean Clothes. Elle initie une réflexion sur le secret bancaire et la fuite des capitaux. Elle se trouve à l'origine de la Banque alternative.

Au long des années 1970 et 1980, les associations se multiplient, où les chrétiens s'engagent de manière œcuménique. Ce sont les mouvements pour l'objection de conscience, contre le nucléaire et l'apartheid, en réaction aux problèmes des saisonniers et des réfugiés. La section suisse d'Amnesty International est créée en 1970, Pain pour le prochain, fondé en 1961, instaure sa collaboration avec l'Action de carême en 1968.

L'Action des chrétiens contre la torture (ACAT), le Centre Martin Luther King (aujourd'hui CENAC), Greenpeace, Etre solidaire... autant de groupements qui apparaissent dans la foulée des années marquées par l'esprit de Mai 68.

  • Cédric Némitz, «Vie Protestante», Neuchâtel, Berne, Jura