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Spiritualité
Toute la vérité sur les conversions Version imprimable Suggérer par mail
26-04-2008

Des chercheurs du monde entier se retrouvent à l'université de Lausanne pour clarifier le phénomène

bn0408_brandt Le Pr Pierre-Yves Brandt: «Cela reste imprévisible, comme la rencontre amoureuse.»

Photo : bn

 

Ils se convertissent au bouddhisme, au christianisme ou à l'islam. Le phénomène serait-il explicable? Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie de la religion à l'Université de Lausanne, organise un colloque international les 15 et 16 mai, avec des chercheurs d'Europe, des Etats-Unis et d'Asie. Le but: décortiquer le processus qui conduit aux conversions.

Une religion ne se choisit plus comme jadis. «Notre société met l'accent sur la construction de l'individu, son parcours personnel, explique Pierre-Yves Brandt. Le phénomène de conversion d'un peuple entier, sans choix individuel, n'existe plus.» Le professeur repère un enchaînement. «Des personnes prennent d'abord distance de leur groupe d'origine, de la religion de leurs parents. Ils demeurent dans un temps d'indifférenciation religieuse, sans décider s'ils appartiennent toujours à cette croyance et sans adhérer à une autre.»

Puis vient la rencontre avec une autre tradition. Dans laquelle ils trouvent une manière d'organiser leur identité. «Ils clarifient alors leur foi. Mais ils auraient pu tout aussi bien choisir une autre religion que revenir à celle de leur origine.»

Le moment propice n'est plus l'adolescence, comme il y a un siècle. «Le processus s'étale dans la vie, constate le professeur. Les moments clés sont ceux où il faut s'engager: se marier, avoir des enfants, commencer un nouveau travail ou s'enraciner quelque part.» Une période de crise est aussi propice. «Elle apporte des questions qui nous mettent en recherche.»

Conversion subite 

La conversion subite n'existerait pour ainsi dire pas. «Après coup, nous croyons que la révélation est venue d'un seul coup. Mais il suffit d'étudier le parcours pour découvrir une quête qui a préparé le terrain.» Certains connaissent un «Eurêka!», ce moment où la réponse est enfin trouvée. «La quête se résout et tout le système se réorganise, donnant l'impression que c'est venu d'un seul coup.»

Au sein du christianisme, les évangéliques restent les champions de la conversion. Olivier Favre, chercheur à l'Observatoire des religions et invité du colloque, l'explique: «Pour eux, la conversion est la porte d'entrée du Royaume de Dieu. Il est central de s'approprier le salut individuel, donc aussi de le faire connaître, tandis que catholiques et réformés parlent d'un processus sur la durée.»

Ainsi, un évangélique est capable de situer son adhésion dans le temps. «Il y a un moment où il se dit converti, c'est-à-dire chrétien convaincu.» Il est aussi capable d'indiquer ce qui l'a convaincu. «Selon nos études, la qualité de l'accueil et la présentation d'une foi attractive comptent plus que l'argument théologique», souligne Olivier Favre.

Bricoler sa religion

La tendance est aussi de bricoler la croyance qui nous correspond le mieux, sans renoncer à une autre. «Il n'existe pas de supermarché où toutes les religions sont exposées clairement», modère Pierre-Yves Brandt. Cela dit, le choix dépend bien de l'offre à disposition. La rencontre d'autres croyants est déterminante. «L'observateur extérieur y verra le hasard, mais d'autres l'appelleront Dieu. Cela reste imprévisible, comme la rencontre amoureuse.»

  • G.D.

Colloque international

«La conversion religieuse», jeudi 15 et vendredi 16 mai, 9h-17h, Université de Lausanne, bâtiment Amphimax, salle 414. Programme: www.unil.ch/theol ou 021 692 27 00