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Eric Junod, ancien recteur de l'Université et spécialiste des Pères de l'Eglise, prend sa retraite
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Eric Junod: «Les auteurs marginaux m'intéressent.»
Photo : bn
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Qu'est-ce qu'un Père de l'Eglise?
Eric Junod: C'est un théologien des six premiers siècles, qui a exercé des responsabilités ecclésiastiques importantes et qui a laissé une œuvre de qualité. Les Pères ont contribué à définir les frontières de la doctrine, c'est pour cela qu'ils sont appelés Pères. Le problème est de savoir si tout auteur de cette période doit être considéré comme Père, ou s'il y a des critères. L'Eglise a longtemps proposé comme critère une vie et une œuvre irréprochables. Aujourd'hui, la tendance est à une vision plus large. Sans cela, vous perdez toute une richesse. Prenez Tertullien ou Origène, qui pendant longtemps n'ont pas été reconnus comme tels: ils ont été sensibles à divers courants doctrinaux. La diversité, la singularité des auteurs, les textes à la frontière du christianisme avec d'autres courants, c'est ce qui m'intéresse. Les auteurs qui occupent une position marginale sont les plus créatifs. Ils sont aussi les moins étudiés. Nous découvrons encore des textes aujourd'hui, d'autres ont été délaissés faute d'avoir encore été édités correctement.
A quoi sert-il aujourd'hui de lire les Pères?
Chez les Pères, vous découvrez une pensée qui ne sépare pas la réflexion intellectuelle de la vie spirituelle et pratique. Leur démarche présente une unité profonde, tous les champs de la théologie sont unifiés. Ils ont en outre une grande capacité créatrice et poétique. Leurs prédications, notamment celles des auteurs monastiques, sont faciles d'accès encore aujourd'hui, même pour les non-spécialistes. Le vocabulaire est simple et imagé. D'ailleurs, les éditeurs catholiques ont toujours valorisé ce marché.
Votre leçon d'adieu porte sur «le danger d'écrire». Si dangereux que cela?
Les grands penseurs de l'Antiquité ont une réticence à écrire. Des philosophes, tel Socrate, n'ont même rien écrit. Jésus non plus d'ailleurs. Pourtant tous ont parlé. Des Pères ont écrit, mais en soulignant le danger de le faire. Ils le font à leur corps défendant. Pourquoi? D'une part, parce que dans une religion du Livre, ce qui doit être écrit l'a déjà été, estiment-ils. D'autre part, parce qu'on considérait l'acte d'écrire comme moins noble que la parole qui est vivante. Aujourd'hui, nous avons une autre vision.
Deux leçons d'adieu
Deux professeurs de renom donnent leur leçon d'adieu, mardi 20 mai à 17h15, à l'Unil Dorigny, bâtiment Anthropole, salle 2106:
- Eric Junod: «Du danger d'écrire»
- Daniel Marguerat: «A quoi sert l'exégèse?» Le professeur de Nouveau Testament reprend la même question qu'à sa leçon inaugurale. Cette fois, il y répond en tirant le bilan de ses années de recherche.
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