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Témoignage
L'Eglise libre, ils s'en souviennent Version imprimable Suggérer par mail
23-05-2008

En 1965, la fusion des Eglises libre et nationale fondait l'Eglise vaudoise que nous connaissons. Souvenirs

temoignage

Louis Rumpf et Michel Raccaud racontent l'époque de l'Eglise libre.

Photo : bn 

 

Souvenirs, souvenirs. A 94 ans, la mémoire n'est pas toujours aussi nette qu'on le souhaiterait. Louis Rumpf, professeur d'éthique à la Faculté de théologie de l'Eglise libre à Lausanne, dès 1949, le confirme: «Je suis vieux, les souvenirs s'effritent, je ne me souviens plus bien des dates», avertit-il.

C'était en 1965, après plus de vingt ans de négociations, les deux Eglises protestantes vaudoises, séparées depuis un siècle, allaient fusionner, avec la bénédiction du peuple vaudois.

«Dès après la guerre, nous avons fait un chemin les uns vers les autres. La fusion s'est faite dans une atmosphère de joie et de gratitude. Cela a été un grand soulagement, car les familles étaient parfois divisées et souffraient de cette tension. Ensuite, il y a eu moins de regrets que ce que nous craignions.»

La fusion de 1965 mettait fin à une aventure plus que centenaire. En 1845, la décision du gouvernement radical de l'époque de faire lire en chaire une recommandation incitant la population à voter la nouvelle Constitution s'était heurtée à l'opposition de plusieurs pasteurs.

Deux ans plus tard, la révocation de ces fortes têtes avait débouché sur la formation de l'Eglise évangélique libre. Cette Eglise faisait sien le principe défendu par Alexandre Vinet d'une séparation nette de l'Eglise et de l'Etat. Cent vingt ans plus tard, c'étaient les retrouvailles.

La plupart des grandes figures de la négociation qui a duré plus de vingt ans ont aujourd'hui disparu: Pierre Bonnard, Claude Bridel, Gaston Diserens, Eric Peter, côté libriste; Albert Girardet, Pierre Coigny, Marcel Regamey, André Bovon, côté Eglise nationale.

Les survivants ne sont plus tout jeunes. Michel Raccaud, 81 ans, ancien pasteur «libriste», se souvient: «L'Eglise libre était devenue une Eglise de riches. Nous nous rendions compte que si le lien à l'Etat pouvait poser des problèmes, le lien aux seuls donateurs en posait d'autres.»

Le pasteur Raccaud a gardé un souvenir plus vif de cette différence sociale entre les deux Eglises que de leur différend théologique. «Les libristes de la première heure étaient des familles aisées. Ils disposaient de locaux assez grands pour accueillir les premiers paroissiens. Par la suite, cette Eglise a vécu des deniers des fidèles.»

Résultat, le soutien à l'Eglise, financier en particulier, des libristes était plus marqué. «Ils sont fous ces libristes, ils n'arrêtent pas de donner!» Voilà ce qu'avait lancé le caissier de la paroisse reprise par le pasteur Raccaud après la fusion.

La Môme

L'Eglise libre avait sa propre Faculté de théologie, dans une maison qui existe encore, chemin des Cèdres à Lausanne. «La Fac s'appelait la Môme, se souvient son ancien étudiant. D'où l'appellation de mômiers. Elle a formé des pasteurs, des missionnaires, des professeurs qui ont rejoint ensuite l'Université.»

La fusion, dont par la suite tout le monde s'est félicité, n'a pas été chose facile. «A son annonce, il y a eu un tollé. Beaucoup de paroissiens libristes ne voulaient pas revenir en arrière. Il y avait aussi une solide opposition côté national. Si nous y étions favorables, on nous accusait de rechercher notre intérêt financier, se rappelle l'ancien pasteur libriste. Mais notre motivation n'était pas là. Nous souhaitions vraiment faire l'unité dans le canton.»

Le statut de minorité est à double tranchant. La satisfaction de se considérer comme une élite est contrebalancée par le fait de ne pas forcément être bien reçu partout. «La fusion a représenté une belle stimulation pour les étudiants de la Môme, remarque Michel Raccaud. Pour ma part, je l'ai ressentie comme une grande libération.»

Son épouse Laure-Lise le confirme: «A la fusion, j'ai découvert la vraie valeur de l'Eglise multitudiniste, présente pour chacun, laissant à Dieu le jugement des cœurs.» Elle ne cache pas, cependant, une pointe de nostalgie: «Nous sentions dans l'Eglise libre un fort engagement pour la faire vivre. Cela, curieusement, s'accompagnait d'un plus grand respect pour le pasteur.» De beaux souvenirs!

  • V.Vt