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Je vais y réfléchir
Pleins d'essence ou ventres pleins? Version imprimable Suggérer par mail
23-05-2008

On nous a fait croire aux vertus des carburants à base de végétaux (blé, maïs, canne à sucre...)

egger_michelPropres, renouvelables, ils allaient sauver la planète du changement climatique, libérer l'humanité de la dépendance au pétrole, réduire la pauvreté en offrant de nouveaux marchés aux pays en développement. Surtout, ils allaient permettre aux automobilistes de continuer à rouler sans mauvaise conscience. La plupart des Etats, Suisse comprise, ont foncé tête baissée dans le panneau.

Or, chaque semaine qui passe apporte un nouveau démenti à cette croyance. Au point que le «miracle» s'est transformé en mirage, pour ne pas dire en cauchemar. Rien de plus significatif que le changement de vocable: de «bio», les carburants verts sont devenus «agro» et, pour certains, même «nécro». Le théologien brésilien de la libération Frei Betto n'hésite pas à qualifier l'éthanol d'«essence de la mort».

Les effets pervers des agrocarburants sont légion: destruction des forêts tropicales qui libère d'énormes quantités de CO2, concentration des terres dans les mains d'une poignée de multinationales, raréfaction de l'eau (4560 litres pour un litre d'éthanol!), épuisement des sols par les monocultures intensives, conditions de travail déplorables dans les plantations.

Surtout, en détournant l'agriculture de sa fonction première (nourrir les populations), le boom des agrocarburants est l'une des causes de la flambée des prix et des pénuries actuelles sur les marchés alimentaires. La quantité de maïs nécessaire au plein d'éthanol d'un 4x4 suffirait à nourrir une personne pendant un an!

Il est donc temps de mettre fin à cette ruée absurde vers l'or vert, qui conduit à sacrifier le droit des plus pauvres à l'alimentation et à la terre pour alimenter nos voitures.

La Suisse doit suspendre l'exonération fiscale des importations d'agrocarburants - prévue à partir du 1er juillet -, mais aussi soutenir le principe d'un moratoire international.

Jusqu'à ce que la «seconde génération» d'agrocarburants - produits à partir de la biomasse (déchets, etc.) et sans risque pour la sécurité alimentaire - soit développée à large échelle. En sachant aussi qu'il n'y aura pas de développement durable et équitable pour tous sans une révision cruciale de nos modes de vie, de consommation et de transport.

  • Michel Egger, responsable de politique de développement à Alliance Sud