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L’aéroport de Genève, une prison pour les requérants Version imprimable Suggérer par mail
27-06-2008
 

Ousman, Alagie et Maleke, trois jeunes Africains, pallient le manque d'air pur en profitant au maximum de leur «solarium»: une baie vitrée de la zone de transit à travers laquelle filtrent les rayons du soleil d'ailleurs absent ces temps-ci. A défaut, ils discutent avec les aumôniers Anne-Madeleine Reinmann et Véronique Egger.

«Je leur suis infiniment reconnaissant de nous écouter et de nous épauler», dit Maleke, qui vit son 58e jour dans la zone de transit. Ce Soudanais de 28 ans a fui le Darfour en septembre 2007 devant l'avancée des milices janjawid qui ont tué son père et sa mère. Dans la fuite, il a perdu sa jeune sœur sans doute enfuie vers un autre pays. Sa demande a été frappée de non- entrée en matière: il n'a pas de papiers d'identité.

Alagie, lui, n'est à Cointrin que depuis trois jours. En Gambie, il était journaliste, mais son employeur, «The Point», dernier quotidien indépendant du pays, est dans le collimateur du gouvernement. Après l'assassinat de son fondateur en décembre 2004, les collaborateurs sont placés sous étroite surveillance. Alagie est arrêté. En mars 2007, il s'échappe de prison et se réfugie en Guinée-Bissau.

«Un employé de l'ONU m'a aidé à venir en Suisse.» Alagie n'a que peu d'espoir d'être admis, même provisoirement. Echappé de prison, il n'a bien sûr pas de papiers d'identité.

Ecouter sans juger

Face à ces récits, Anne-Madeleine Reinmann, Véronique Egger et leurs quatre collègues catholiques de l'accueil œcuménique s'efforcent d'écouter sans juger. «Nous ne sommes pas là pour évaluer les dossiers des requérants mais pour les accompagner dans une démarche difficile», explique la diacre protestante.

Et pour pallier les manques d'une administration pressée. Décisions de renvoi rendues dans une langue inconnue du requérant, téléphones limités, pas d'accès gratuit à internet: les aumôniers sont tour à tour traducteurs, facilitateurs et intermédiaires entre l'administration et les requérants.

Ce matin-là, Véronique Egger tente de traduire la décision de renvoi, rédigée en français, qu'une jeune Tamoule vient de recevoir. Et offre à la jeune femme désemparée d'appeler sa famille au Sri Lanka.

Constatant la dégradation de leurs conditions de vie depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, l'accueil œcuménique a adressé cinq courriers à l'ODM. Seule promesse arrachée: l'octroi de 3 francs d'argent de poche par jour et par requérant dès le mois d'août. Tout juste de quoi se payer un café pour tromper l'ennui.

  • Aline Bachofner, «VP-Genève»