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Regarder un vitrail cela s’apprend Version imprimable Suggérer par mail
27-06-2008

Pour être saisi par un vitrail, il faut s'y arrêter. Jean-Jacques Buard nous montre comment, lors d'une balade au cœur de Genève

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«La souffrance de la victime est créatrice de vie nouvelle», vitrail bouleversant de José Venturelli. Dans les racines, un gisant. Celui qui a donné sa vie ne l'a pas fait en vain, son sang est devenu la sève. La foule va vers son salut.

Photo : APAS 

 

Le touriste, en visitant une ville, aime entrer dans les églises. Curieux de l'architecture, il y trouve un havre de paix loin de la chaleur et de l'agitation. Mais remarque-t-il les vitraux? Cette richesse demande un temps de contemplation, rappelle Jean-Jacques Buard, président de l'Association de la promotion de l'Art sacré (APAS) qui vient d'éditer un livre* sur le vitrail à Genève.

Ce pasteur à la retraite nous donne des clés pour comprendre la splendeur des verrières, à l'occasion d'une visite du vieux Genève. Premier arrêt au temple de la Madeleine, sur la place du même nom.

«Tout d'abord, en entrant dans une église, demandez-vous en présence de quoi vous vous trouvez. Il s'agit de vitraux originaux du Moyen-Age - c'est rare. Il s'agit plutôt d'une reconstitution de tels vitraux mais au XIXe siècle. Il s'agit d'un vitrail moderne.» Troisième option à la Madeleine. Dans le chœur, un triptyque inhabituel s'offre au regard, œuvre d'Alexandre Mairet en 1927.

«Face à un vitrail, prenez le temps de voir comment vous le comprenez, suggère le pasteur. Comment j'entre dans cette image? Est-ce que je suis touché par l'esthétique ou par le message que je perçois?» Dans le cas précis, à gauche, le baptême de Jésus rappelle le début de sa prédication - «Notez qu'il est basané car la tendance était à représenter le Christ in situ», souligne notre guide.

La scène de Pentecôte au centre marque le début de l'Eglise - «L'un des apôtres est figuré de dos, c'est osé», sourit le pasteur. Et à droite, la conversion de Paul qui signifie aussi un nouveau départ pour le christianisme. Le lien entre ces trois événements vient du ciel, comme le suggère la dynamique de chaque vitrail, qui part de la pointe.

Ce serait un bonheur d'avoir toujours un guide sous la main. «Mais l'artiste contemporain n'aime pas forcément cela, modère Jean-Jacques Buard. Il préfère que vous trouviez par vous-même. Laissez-vous bercer, transporter par les couleurs et la lumière.»

Jusqu'à prier devant le vitrail? «C'est toute la question du rôle de l'esthétique. L'artiste Jean Prahin qui vient de décéder ne voulait que du figuratif. D'autres préfèrent le non-figuratif. Peu importe, à condition que le vitrail nous laisse une part de liberté.»

Protestantisme rajeuni

Pour nous en convaincre, Jean-Jacques Buard nous emmène dans le bas-côté droit du temple. Sept vitraux du peintre révolutionnaire José Venturelli saisissent le visiteur. Ils sont célèbres pour relier les droits de l'homme et le message chrétien. Malgré la violence du monde, triomphent la libération, l'espérance et l'amour dans une imagerie qui touche.