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Chrétiens du monde
Ainsi parlait Jésus Version imprimable Suggérer par mail
22-08-2008

Au sud de la Syrie, un petit village maintient en vie l'araméen, la langue du Christ, contre vents et marées

chretiensdumnode

Le village de Maalula, dans le désert syrien, ultime bastion de la langue que parlait Jésus.

Photo : bn 

 

«Obuakh tibishmo itchtekesh...» La voix du Père Taofiq, prêtre catholique, résonne dans l'église tout en pierres de Mar Sarkis, au-dessus du village de Maalula. Il récite le Notre Père tel qu'il a été prononcé par Jésus: en araméen.

Maalula, au sud de la Syrie, est le dernier lieu au monde, avec les hameaux syriens de Jubaghdin et Bakhar, dans lequel se parle encore cette langue, dans laquelle le Messie ainsi que ses disciples ont prêché et prié. On dit ici que Jésus refusait de parler l'hébreu, la langue des Pharisiens qui s'opposaient à sa doctrine.

La langue gutturale dans laquelle s'exprime le prêtre a une histoire extraordinaire. Yousouf Masgad, qui organise des cours d'araméen à l'institut d'études de Maalula, nous la raconte avec fierté. «Le mot araméen dérive de Aram, le nom du cinquième fils de Shem, premier-né de Noé selon l'Ancien Testament. Les premiers textes dans notre langue datent du IXe siècle av. J.-C.»

Cent ans plus tard, l'araméen sert de langue de communication entre les peuples sémites, de la Palestine à l'Inde, avant que les Perses en fassent leur langue officielle. A l'époque romaine, c'est la principale langue écrite du Proche-Orient.

Cachettes dans les rochers

Yousouf relate que les habitants ont dû lutter pour sauvegarder leur idiome. «L'araméen a failli disparaître, puisque avec l'islamisation sous l'Empire ottoman il était considéré comme une langue chrétienne à faire disparaître.» Les rochers dans lesquels Maalula, Jubaghdin et Bakhar sont encastrés ont cependant sauvé cet héritage unique.

Les vallées difficilement praticables, dans lesquelles sont situés les trois hameaux au milieu du désert, ont permis à leurs habitants de se retrancher. En témoignent les cavités creusées dans la roche dans lesquelles ils se cachaient en cas d'attaque.

Yousouf est accueilli chaque dimanche midi par ses parents. Comme beaucoup de natifs du village, il vit et travaille à Damas. Il construit sa maison de vacances aux alentours du village, où le climat est réputé nettement plus frais que dans la capitale. Les familles se retrouvent l'été dans ce hameau d'altitude, à une heure de Damas, et y passent parfois plusieurs mois.

Un repas en araméen

Prendre un repas dans la famille de Yousouf, père de deux enfants, est une expérience unique. Ses parents tiennent à parler araméen à leurs enfants et petits-enfants. Entendre «Peux-tu me passer le sel?» dans cette langue trois fois millénaire est à peine croyable. D'autant plus que ce spectacle se fait rare.

L'émigration rurale vers Damas pour trouver du travail et la prééminence de l'arabe en dehors du village mettent cet antique idiome en péril. Par ailleurs, l'araméen a adopté de nombreux mots arabes, grecs et anglais, puisqu'il ne sait exprimer des concepts modernes comme le mot télévision.

S'exprimer dans la langue du Christ n'est cependant pas tout. Je demande au Père Taofiq, qui dirige la communauté catholique, si les populations qui parlent encore l'araméen comprendraient aujourd'hui Jésus. Le religieux répond avec un sourire malicieux: «Ils comprendraient certainement son langage. Hélas, pas forcément son message!»

  • Aline Jaccottet

Une langue biblique

  •  Le Notre Père en araméen: «Obuakh tibishmo itchtekesh eshmakh tshifkan irotshakh ekhmelbishmo tshibalarha epleh lehmah okhul iaolmah oruferleh htiofah ekhmel anah ergaf ril iltimakhit emeinah ulofash etakhlinakh tshirlubiosah bes haslannah mesheida, Amin.»
  • Un film: «La Passion du Christ», de Mel Gibson, est entièrement en araméen.