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«Tous les croyants ont la même planète» Version imprimable Suggérer par mail
22-08-2008

Le nouveau calendrier interreligieux illustre le souci de la nature dans les religions. Explications de Serge Lafitte, journaliste spécialiste du religieux

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Des moines font une offrande à une statue de Bouddha embrassée par un arbre, en Thaïlande.

Photo : Calendrier Enbiro/ G. Hellier et R. Harding

 

Pourquoi toutes les religions ont-elles pour point commun le souci de la nature?
Serge Lafitte: Tout être humain a conscience de son étroite dépendance avec la nature. Il constate que la force des éléments naturels dépasse son pouvoir. Il imagine très tôt qu'il faut les respecter sous peine d'en subir la colère. Des rites se développent pour gagner la bienveillance de la nature: au paléolithique pour obtenir du succès à la chasse, au néolithique pour de bonnes récoltes. Les religions polythéistes divinisent les forces naturelles. Il y a un dieu du soleil, de la lune, du tonnerre, du feu...

La nature tient-elle le même rôle dans toutes les traditions religieuses?
La différence la plus importante est de concevoir ou non la nature comme enchantée. Dans les religions des peuples autochtones et dans les polythéismes, tous les éléments de la nature sont des manifestations d'esprits ou de divinités. La nature est sacralisée. Même la vie sociale est sacralisée. Les êtres humains ne sont qu'un élément de la nature parmi d'autres, ils sont interdépendants d'elle. Ils ne sont pas placés au-dessus. Dans la vision cyclique du temps, selon les religions d'Asie, la nature retourne régulièrement au chaos primordial avant de renaître. Les humains ont alors la responsabilité de ne pas ajouter du chaos au chaos. Leurs actes, selon la loi du karma, influencent les conditions de la vie future. De leur côté, les religions monothéistes introduisent une idée différente. La nature est créée par Dieu. Il est donc extérieur à sa création, même s'il y intervient. L'être humain y est placé comme son représentant sur Terre, avec une responsabilité privilégiée, celle de gérer la nature. Le temps est considéré de manière linéaire, avec un début et un but. L'être humain est partenaire de Dieu dans l'achèvement final de la création.

Ces conceptions religieuses différentes sont-elles utiles au débat écologique actuel?
Bien sûr. Dès les années 1970, le mouvement écologiste a interpellé l'Occident chrétien sur les dangers de considérer l'humain comme tout-puissant sur la création. Cette interpellation s'est nourrie des grandes traditions religieuses de l'Asie. Elle rappelait l'interdépendance entre tous les éléments de la nature. L'humain, inscrit dans un tout, a la responsabilité de ne pas mettre en danger les conditions essentielles à la vie. Cela a amené l'Occident à redécouvrir, dans la littérature grecque d'une part, la critique de la démesure humaine, et dans la Bible d'autre part, le récit de la Tour de Babel où les hommes tentent de se faire l'égal de Dieu. Le judaïsme et l'islam se sont aussi interrogés sur leur héritage.

Le christianisme a-t-il aussi interpellé les autres religions?
Oui, les monothéismes refusent de sacraliser la nature. Ils s'opposent au panthéisme qui court le risque de voir Dieu en tout. La création n'est pas parfaite et intouchable. Les humains ont la responsabilité d'en corriger les imperfections, notamment quand la nature génère des injustices. La victime d'une catastrophe naturelle n'en est pas responsable, de même que je n'y suis pour rien d'avoir à disposition des ressources naturelles que d'autres n'ont pas. Nous devons opérer un rééquilibrage que nous ne faisons pas si nous considérons l'ordre de la nature comme sacré et intouchable. La nature est un point d'ancrage pour le dialogue interreligieux. Les croyants de toutes les religions ont en commun d'avoir la même planète comme résidence première. Ils doivent développer des visions communes de la nature et du rôle de l'être humain. Un enjeu de taille, car les religions ont une influence importante sur les comportements.

  • G.D.

En savoir plus

  • Un calendrier interreligieux: «Ecologie et spiritualité», aux Editions Enbiro, quinze mois illustrés, avec les explications de spécialistes, et un poster, 14 fr., à commander au 021 312 27 95 ou www.enbiro.ch
  • Une action: en célébrant «Un temps pour la création», du 1er septembre au 4 octobre, 600 paroisses et organisations d'Eglises en Suisse invitent à un comportement qui assure une qualité de vie convenable pour tous, sans prétériter les générations futures. Magazine, idées d'activités et document «Réconciliation avec la création» à commander sur www.oeku.ch ou 031 398 23 45
  • Des ateliers: «Eglise et environnement: quelles actions possibles en Eglise en faveur de l'environnement?», samedi 4 octobre, de 9h30 à 16h à l'Institution de Lavigny. 40 fr. Programme sur www.oeku.ch Rens. et inscriptions: switzerland(at)arocha.org ou 022 366 74 05