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«Atteindre ce bonheur, qui est là et qu'on ne voit pas» Version imprimable Suggérer par mail
22-08-2008

Le dessinateur vaudois de BD Cosey nous fait voyager dans de merveilleux paysages, avec des histoires bien ficelées et pleines d'enseignements

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Cosey: «Je me sens proche des traditions mystiques.»

Photo : Alain Herzog 

 

Celui qui regarde un dessin de vous reconnaît tout de suite votre style. Qu'est-ce que c'est, la touche Cosey?
Cosey: Le style d'un dessinateur, c'est comme la tessiture d'une voix, ce qui est spontané et naturel, notre nature profonde et authentique, ce qui est à la base de tout. Comme il est possible de travailler sa voix, nous pouvons travailler le dessin, mais si le style est artificiel, il ne tient pas le coup. Cela vaut pour tous les artistes.

Les aventures de vos héros se déroulent souvent dans la montagne. Vous-même habitez un village des Alpes. Qu'est-ce qui vous attire vers les hauteurs?
C'est un goût, une affinité, comme d'autres aiment le désert. J'aime la montagne pour y être allé souvent en vacances enfant. Mais c'est surtout un sujet privilégié. J'aime la dessiner, car elle permet de simplifier. Ce n'est pas le cas pour la jungle amazonienne, où il est difficile de rester simple dans le dessin. La montagne, avec ses rochers, la neige, invite à une stylisation, voire à l'abstraction. J'aime ce passage à la limite, entre un rocher et une tache, une forme.

Plusieurs de vos albums se déroulent au Tibet. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce pays?
J'ai eu la chance d'y aller cinq fois. Auparavant, j'avais été parmi les premiers, en 1976, à voyager dans des régions de culture tibétaine au Ladakh. Ma curiosité a été aiguisée à la lecture de «Tintin au Tibet», qui est mon préféré, et d'Alexandra David-Neel. Je suis fasciné par les Tibétains, qui ont gardé leurs racines et leur religion. En même temps, ils sont spontanés, ils aiment rire et plaisanter. Cela alors que la Chine occupe le pays depuis plus de cinquante ans et y commet un génocide. Je regrette que nos hommes politiques aient cautionné le gouvernement chinois en se rendant à Pékin pour les Jeux olympiques. Je ne fais pas le même reproche aux athlètes, dont je comprends qu'ils veuillent rester à l'écart des questions politiques. J'ai pour ma part été invité en Chine pour présenter mes dessins, mais j'ai refusé. Et j'en suis heureux. 

Un trait noir et une surface bleue...»

Dans vos livres, vous faites référence au bouddhisme plus souvent qu'à aucune autre religion. Pourquoi?
C'est évident du fait que mes aventures se passent au Tibet. Je ne suis pas bouddhiste, pas plus que chrétien d'ailleurs. Mais j'ai un vif intérêt pour toutes les traditions religieuses, mystiques en particulier. Dans ce registre, je lis volontiers les traditions chrétiennes, musulmanes ou orientales. Je ne vais pas à l'église, mais je me sens proche des grandes traditions mystiques, y compris chrétiennes, comme maître Eckhard. Pour ce qui est des rites et des cérémonies, ma préférence va aux traditions d'Asie. D'un point de vue esthétique, visuel, sonore, olfactif, elles correspondent mieux à mon goût. Mais vous trouvez aussi des symboles chrétiens dans des œuvres comme «A la recherche de Peter Pan».