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«Calvin n'est qu'un aspect du protestantisme»
Le professeur honoraire de théologie Bernard Reymond publie un petit livre* piquant et captivant, qui veut remettre Calvin à sa juste place.
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Bernard Reymond: «Je relativise Calvin avant que d'autres ne l'encensent trop.»
Photo : bn
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Pourquoi considérez-vous Calvin comme un aïeul encombrant?
Bernard Reymond: Parce que dès qu'on parle de Réforme, on ramène Calvin. Exemple: l'écrivain Jacques Chessex voit le protestantisme à travers une image de Calvin qui nous péjore - le réformateur qui rabroue! Certains prétendent que si Calvin n'avait pas été dur, la Réforme n'aurait pas tenu le coup. Cet argument me gêne, car elle s'est implantée en d'autres villes avec des réformateurs plus humains. Calvin était humaniste, mais autoritaire et intransigeant. Sa hargne contre Servet ou Castellion est tout de même troublante. Comme sa volonté de mettre Genève au pas. Il n'y allait pas de main morte.
Des qualités tout de même?
C'est tout d'abord une plume extraordinaire. Il a un esprit synthétique et extrêmement bien coordonné. Sa tournure d'esprit juridique est à l'œuvre dans sa théologie. Son bon côté de juriste a mis en place une organisation de l'Eglise. Il a aussi été un bon pasteur. Je trouve intéressante sa compréhension de la loi divine qui balise l'itinéraire de sanctification du croyant, et pas seulement qui nous condamne et nous montre que nous sommes pécheurs, comme chez Luther.
Les protestants d'aujourd'hui sont-ils des calvinistes?
Non. Ceux qui se réclament de lui doivent tellement transposer sa pensée dans un autre contexte que ce n'est plus du Calvin. Un homme de son intelligence s'exprimerait autrement aujourd'hui. Dès le départ, des protestants se sont distanciés de lui. D'autres s'y sont cramponnés. J'appelle «calvineux», et non calvinistes, ceux qui tirent de sa pensée certains aspects mais d'autres pas. Ils se précipitent sur une affirmation qui les arrange. Calvin fait notamment un tabac au Japon et en Corée. Pourquoi? Parce qu'on y apprécie le fait qu'il organise tout bien.
Alors que faire de Calvin aujourd'hui?
Nous pouvons le lire, sans oublier qu'il est du XVIe siècle. C'est une bonne idée de marquer son anniversaire, car il est une grande figure de la Réforme. Mais il n'est pas le seul. Je le relativise avant que d'autres ne l'encensent trop. Genève n'est pas la capitale de la Réforme. Il y a aussi eu Zurich ou la Hollande, qui ont eu tout autant d'importance. Sur le mur des Réformateurs, vous ne trouvez que la Réforme genevoise, ou ceux qui en ont été influencés. Où est Zwingli? Où est Bullinger? Calvin n'est qu'un aspect du protestantisme. Il est incontournable, car beaucoup de choses dans l'Eglise ont été organisées par lui. Mais s'il n'y avait eu que lui, la Réforme n'aurait pas eu lieu. Les choses étaient prêtes à bouger.
* Bernard Reymond, «Le protestantisme et Calvin: que faire d'un aïeul si encombrant?», Labor et Fides, 2008, 134 pages.
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