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«Je ne cache rien, c'est tout» Version imprimable Suggérer par mail
30-09-2008

Robin Cornelius, fondateur et directeur de l'entreprise de vêtements Switcher, au Mont-sur-Lausanne, parle des valeurs qui l'animent

rencontre

Robin Cornelius: «L'éthique, cela veut dire se préoccuper.»

Photo : Photopress 

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans les vêtements lorsque vous avez fondé l'entreprise Switcher en 1981?
Robin Cornelius: Comme souvent, l'occasion fait le larron. Encore étudiant, j'ai fait des T-shirts pour les vendre autour de moi. Le genre de maillots avec le nom d'une université américaine. Cela m'a donné l'idée d'en réaliser en couleur, sans inscription. De fil en aiguille, si je puis dire, voyageant tous les deux mois en Inde depuis vingt-cinq ans, Switcher est devenu ce qu'il est.

L'industrie textile est souvent critiquée pour les conditions de travail qu'elle fait régner dans ses usines à travers le monde. Ces critiques sont-elles justifiées?
Un acheteur est payé pour trouver le meilleur produit au meilleur prix pour un patron. A moins qu'on ne le lui demande expressément, il ne va pas se soucier des conditions de production. Dans une PME, c'est différent. Le boss a une vision d'ensemble: moins de division, plus de vision. Il peut se soucier du recyclage de l'eau de teinture, du code de conduite des employés des entreprises qui produisent ses modèles. Il faut pour cela une vision globale précise, partagée par chacun dans l'entreprise.

Vous-même êtes souvent présenté comme une marque modèle. Comment vous y prenez-vous?
Je fais les choses d'une certaine manière, et je le dis. Je ne cache rien, c'est tout. Et si quelqu'un vient me dire que nous pouvons faire mieux, je l'écoute. On peut toujours se corriger et s'améliorer. Nous visons le long terme, en restant fidèle à nos fournisseurs, pour leur donner les moyens de se perfectionner. Pas de travail d'enfants, recyclage de l'eau, traçabilité des produits et matériaux bios, nous avons de l'avance dans ces domaines. Mais je trouve cela tout à fait normal, cela n'a rien d'exceptionnel.

Nous ne sommes que de passage, ne l'oublions pas»

D'où vous est venu le souci éthique qui caractérise votre entreprise?
Le plus important dans l'éthique, c'est de se préoccuper. Nous avons le souci de nos clients, comme des fournisseurs avec lesquels nous travaillons. Se préoccuper de ses actes, ne pas faire le mal volontairement, vous le retrouvez dans toutes les traditions religieuses. L'amour, qui est une valeur essentielle, se préoccupe de l'autre, et de soi aussi. La plupart de nos réactions négatives et de colère sont le produit de notre peur. L'amour, au contraire, produit l'empathie, le souci de l'autre.

Avez-vous choisi ce créneau par souci humaniste ou parce qu'il vous permettait de faire de meilleures affaires?
Il aurait fallu que je sois visionnaire pour faire ce choix de façon intéressée. Je n'y ai pas trop réfléchi. Cette orientation me paraissait simplement juste et naturelle.

La religion a-t-elle joué un rôle dans votre préoccupation?
Naturellement. D'origine suédoise et protestante, depuis tout petit je sais reconnaître quand je fais le bien ou le mal. Je reste sur ce plan comme un enfant. Les bonnes actions tendent vers le bonheur et la plénitude des gens. Je suis toujours surpris de voir des personnes athées. C'est une construction intellectuelle, pas du tout émotionnelle. Pour moi, cela ne fait pas de doute, il doit y avoir un au-delà.