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Vie des gens
Parlez de la mort avec votre enfant Version imprimable Suggérer par mail
24-10-2008

Des spécialistes appellent à briser le tabou. Ils proposent des pistes pour agir juste

viedesgens

Des dessins pour parler avec l'enfant, tirés de «Parler de la mort à l'école» (éditions Enbiro)*.

 

Illustrations: Helen Tilbury / Enbiro

 


La mort, il est toujours important d'en parler... avant. «C'est un sujet de la vie, comme l'école ou le judo», défend Jean-Claude Demers, fondateur de l'Association Le P.A.S. qui accompagne les enfants à l'approche d'un deuil.

Trop de parents ont peur du sujet - souvent par crainte d'attirer le malheur. Ils veulent cacher cette réalité que l'enfant voit pourtant au quotidien: le petit renard gît sur la route, la mouche meurt d'une simple claque, les séries télé cumulent les meurtres.

«Si vous n'en parlez jamais, l'enfant associe la mort à une mutilation. Le jour où vous lui apprenez que grand-père est mort, il l'imagine plein de sang. La mort est autre chose, c'est un arrêt de vie.»

N'évitez pas les occasions qu'offre la vie pour en parler, comme la perte de l'animal de compagnie. Visitez le cimetière pour montrer les tombes de la famille.

«Ne parlez pas à vos enfants, mais avec eux», ajoute Alix Noble Burnand, formatrice d'adultes et conteuse, qui a collaboré au livre «Parler de la mort à l'école»* paru à la rentrée. L'enfant a plein de choses intéressantes à dire. Il a davantage besoin d'être entendu que d'une réponse savante.

Dites-lui: «Comme c'est intéressant les questions que tu te poses.» Et cherchez avec lui. Puisez dans la littérature illustrée adaptée à chaque âge. Aidez-vous des contes populaires. «Ce sont des histoires anciennes qui ont prouvé leur santé, souligne Alix. Leurs images symboliques structurent sans prétendre dire la vérité.»

La perception de la mort évolue jusqu'à l'adolescence. «Ce que l'enfant craint surtout en perdant un proche, c'est d'être abandonné, précise la formatrice. Tandis que l'adulte cherche la réponse qui rassure sa propre angoisse, l'enfant a besoin de savoir qu'il ne sera pas seul.»

Après un décès

«Nous ne pouvons opposer qu'une seule chose face à la mort: le rite, c'est-à-dire ce qui se fait ensemble, défend Alix Noble. Notre société en perte de rituels nous laisse seul dans le deuil.» Les spécialistes s'accordent sur ce point: intégrez l'enfant au service funèbre, en prenant soin qu'un proche s'occupe de lui pour lui expliquer ce qui se passe.

«On oublie souvent de demander à l'enfant ce qu'il aimerait faire», abonde Jean-Claude Demers. L'accompagnant suggère volontiers le dessin.

Il utilise d'ailleurs ce moyen d'expression en cas de longue maladie d'un parent: «J'invite l'enfant à illustrer un cahier pour raconter la maladie. C'est un objet symbolique qu'il pourra donner avant la mort ou déposer dans le cercueil. Ensuite, pour vivre son deuil, il fera un cahier souvenir pour lui, qui intégrera, pourquoi pas, des photos de la cérémonie.»

Et la religion dans tout ça? Ne dites pas «Dieu l'a repris», ni «grand-maman est au ciel». La première affirmation induit «l'image destructrice d'un dieu méchant», avertit Rosemarie Chopard, responsable de l'enfance dans l'Eglise protestante et intervenante de la Fondation As'trame.

Quant à la seconde, l'enfant la prend au premier degré. «Quand vous prendrez l'avion, il imaginera que vous allez trouver grand-maman. Il va aussi s'inquiéter pour elle en cas d'orage.»

«La force de la spiritualité est d'ouvrir une fenêtre sur l'espoir, rappelle la pasteure. L'enfant y est naturellement sensible. Utilisez des images constructives. Exemple: dans le monde où il y a Dieu, il n'y a plus de souffrance. Précisez: je souhaiterais que ce soit ainsi; et toi, que souhaiterais-tu?»

  • G.D.

En savoir plus

  • L'Association Le P.A.S. apporte soutien à l'enfant à l'hôpital et à domicile pendant la maladie ou un deuil. www.lepas.ch ou 079 449 25 84
  • La Fondation As'trame organise des groupes d'aide pour enfants ou adultes confrontés à un deuil. www.astrame.ch ou 021 648 56 56
  • Pistes pédagogiques: «Parler de la mort à l'école», 2008, Editions Enbiro. Des activités, des contes, des explications sur l'enfant face à la mort, sur les religions, des infos pratiques, des livres. www.enbiro.ch
  • Pour enfants: «Le petit livre de la vie et de la mort», Delphine Saulière et Rémi Saillard, Bayard Jeunesse, 2005. Dès 8 ans.
  • Deux CD: «Des contes pour dire la mort» et «Alix raconte la mort», VDE Gallo, www.vdegallo.ch ou 021 312 11 54