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Un théologien en diplomatie Version imprimable Suggérer par mail
26-11-2008

La paix exige de prendre en compte la dimension religieuse d'un conflit. Un expert en religion éclaire la politique étrangère de la Suisse

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Jean-Nicolas Bitter: «Des mondes aux valeurs religieuses différentes peuvent cohabiter.»

Photo : DR 


Vous voulez la paix? Prenez en compte la question religieuse. Voilà ce que propose Jean-Nicolas Bitter, conseiller principal au Département fédéral des affaires étrangères pour le secteur «religion, politique, conflit» de la politique de paix de la Suisse. Ce théologien de formation vient de prendre l'avion pour le Tadjikistan, en Asie centrale, pour participer à la réconciliation entre partis musulmans et partis laïcs héritiers du communisme.

«Notre pays a renouvelé sa tradition de bons offices, en étant plus actif dans la résolution de conflits, par exemple au Moyen-Orient, en Asie centrale et au Sri Lanka», explique-t-il.

Son travail s'appuie sur deux idées. D'abord les religions ne sont pas source de conflit en tant que telles. Ensuite, le conflit n'est pas une mauvaise chose en soi - il faut en revanche éviter qu'il soit violent. «Le conflit entre différentes opinions a toujours existé, souligne le conseiller. Positivement, il est un facteur de transformation sociale.»

La réalité: chaque religion implique des gens qui vivent avec une certaine vision du monde. Une manière de construire la société en découle. «La religion agit un peu comme une langue qui forge la réalité dans laquelle nous vivons, explique le théologien. Quand des communautés différentes se rencontrent, des visions différentes de la société interagissent. Cela se déroule de manière violente ou non.»

Des solutions concrètes

Reste donc à chercher comment prévenir la violence. Dans nombre de conflits à travers le monde, causes politiques et religieuses s'entremêlent. «Si nous pouvions les traiter séparément, ce serait plus facile, sourit le conseiller. Mais dans bien des cas, valeurs religieuses et intérêts politiques sont si interdépendants que nous devons les traiter ensemble.» Impossible, dans le conflit territorial qui oppose Palestiniens et Israéliens, de négocier sur les intérêts sans connaître le monde des valeurs qui les animent.

Abordons alors un conflit de manière pragmatique, propose le conseiller. «Nous nous concentrons sur des sujets concrets, mais en tenant compte du fait que les acteurs agissent et réfléchissent dans un cadre culturel et religieux différent. Donc, négocions sur les intérêts, mais sans ignorer les valeurs.»