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Dossier
Ce que la Bible ne dit pas de Marie Version imprimable Suggérer par mail
27-11-2008

Spécialiste des écrits chrétiens anciens, Enrico Norelli, professeur à l'Université de Genève, dévoile les secrets de la mère de Jésus. Claire Clivaz, professeur à l'Université de Lausanne, apporte son regard protestant

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Des femmes devant l'icône de la vierge Marie dans la basilique de la Nativité à Bethléem. 

Photo : Reuters 

 

Que sait-on avec certitude de Marie, la mère de Jésus? «Rien», répond sans sourciller Enrico Norelli, qui dirige l'Institut romand des sciences bibliques. Son prénom? Peut-être: «Les évangélistes Matthieu et Luc ont écrit indépendamment l'un de l'autre. Chez les deux, les parents de Jésus s'appellent Marie et Joseph. Les points communs remontent à une source plus ancienne qui donne un bon indice d'authenticité.»

Sur Marie, les Evangiles ne sont pas très riches en renseignements. Ils ne parlent ni de sa naissance ni de son enfance. Et restent discrets sur ses activités durant le ministère de Jésus. Saint Paul ne la désigne pas une seule fois par son nom, se contentant d'allusions, comme quand il parle de Jésus «né d'une femme».

L'évangéliste Marc ne l'appelle pas non plus Marie, mais cite «la mère de Jésus», tout comme Jean lorsqu'il raconte le miracle de Cana. «Marc note une certaine incompréhension de la famille de Jésus à l'égard de sa tâche, relève le théologien. A un moment, sa mère et ses frères veulent le ramener chez lui. Cette observation entre en contradiction avec les Evangiles de la naissance, où Marie est parfaitement consciente de la mission divine de son fils.»

Les textes qui racontent la naissance de Jésus, justement, au début des Evangiles de Matthieu et de Luc, sont les seuls où Marie tient une bonne place.

Des apocryphes - écrits des premiers chrétiens non retenus dans la liste des livres du Nouveau Testament - sont plus diserts sur la mère de Jésus: «Comme historien, je dois examiner toutes les sources, indépendamment du fait qu'elles sont ou non canonisées dans une tradition.»

Au sujet de Marie, les textes se répartissent en deux groupes. Le premier raconte la vie de Marie jusqu'à l'enfance de Jésus et la fuite en Egypte. D'autres écrits, plus tardifs, présentent la mort de Marie, sous différentes versions: élévation de son âme au ciel, mort et résurrection...

La petite Marie

Dans le premier groupe, l'un des textes les plus influents est le Protévangile de Jacques, du IIe siècle. C'est le seul texte qui parle des parents de Marie, Anne et Joachim. Anne, une femme stérile, prie Dieu pour avoir un enfant en promettant de le consacrer au Seigneur. Elle tient parole à la naissance de Marie, et la maintient dans une pièce sanctuaire de sa maison.

Marie est ensuite élevée dans le temple de Jérusalem, où elle tisse le voile du temple. «Au vu des règles en vigueur à l'époque, ce récit ne peut être que le fruit de l'imagination de son auteur», note Enrico Norelli. Quoi qu'il en soit, devenue pubère, Marie ne peut plus rester au temple. Un ancien devra en prendre soin. Un concours est organisé pour savoir qui. Un signe désigne Joseph.

«L'image de Joseph vieillard et veuf naît ici, remarque le théologien. Sans ce texte, nous imaginerions un homme entre 14 et 18 ans.» Un Joseph âgé permet aussi de résoudre le problème que pose la présence, dans l'Evangile, de frères de Jésus, qui semble contredire la virginité de Marie. Il s'agirait alors de demi-frères.

Joseph prend Marie sous son aile et la retrouve enceinte. Une épreuve organisée par le grand-prêtre vient prouver qu'il n'y a pas eu d'adultère.