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«La figure de Marie m'impressionne par ce qu'elle met en marche»
Claire Clivaz, professeur de Nouveau Testament et de littérature chrétienne ancienne à l'Université de Lausanne
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Claire Clivaz: «Je regrette que certains théologiens protestants en arrivent à ne plus oser parler de Marie.»
Photo : DR
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Marie apparaît peu dans les Evangiles, que nous montre-t-elle?
Claire Clivaz: Elle n'y tient pas une place prééminente. Elle est assimilée aux membres de la famille. Il existe une opposition nette entre ce que la famille de Jésus souhaite et ce qu'il fait. Des passages marquent cette tension, comme l'épisode des noces de Cana, où Jésus remet les choses à leur place fermement. Dans les évangiles canoniques, la famille de Jésus ne joue pas un rôle énorme. Jacques, frère de Jésus, est peu présent, alors qu'il tient une place importante dans des apocryphes. Les Evangiles ont privilégié la ligne de Pierre, et celle de Paul. L'exception est dans les Evangiles de l'enfance, en particulier chez Luc, où Marie est mise au rang des justes.
Pourquoi la naissance de Jésus n'est-elle racontée que dans deux des quatre Evangiles, celui de Matthieu et celui de Luc?
Les Evangiles répondent différemment à la même question: quand commence l'histoire de Jésus? Chez Matthieu, l'histoire commence avec celle de Joseph, l'époux de Marie, dont il donne la généalogie. Luc fait commencer l'histoire avec Marie à qui l'ange Gabriel annonce qu'elle sera bientôt enceinte. Chez Marc, l'histoire débute avec le baptême de Jésus. Jean noue la gerbe en faisant commencer l'histoire de Jésus avant même la création du monde, où le Verbe existait déjà, près de Dieu. Cette diversité reflète les positions des premiers chrétiens sur la question.
Marie joue même un rôle important dans le Coran.»
Les Evangiles de l'enfance sont présentés comme des pièces rapportées tardivement...
Aujourd'hui, les chercheurs en reviennent. Le cercle de la famille de Jésus a été mis de côté au début du christianisme. Or ces gens étaient proches de Jésus et détenaient des informations qui ont pu se transmettre. Marie joue même un rôle important dans le Coran qui tire des traditions à son sujet d'Evangiles apocryphes.
Catholiques et protestants ne donnent pas la même importance à Marie. Pourquoi?
A la Réforme, il n'y a pas eu de grand débat sur Marie. Elle n'est pas au cœur de la controverse. Luther a écrit un texte sur le Magnificat, la prière de Marie. Les réformateurs ont repris les acquis des premiers conciles. Ils reconnaissent la naissance virginale de Jésus, tout comme la position de Marie comme mère de Dieu. Les difficultés surgissent avec des dogmes plus récents, comme l'immaculée conception de la Vierge, au XIXe siècle, et plus récemment celui de l'assomption. Ce virage mariologique ne correspond pas à la vision des protestants, ni à celle de Paul qui voit dans le Christ l'unique rédempteur.
Avec Marie, vous avez deux options. La considérer pour elle-même, sans Jésus, comme si le fait que Jésus intercède pour nous n'était pas suffisant. Ou alors la voir comme une figure qui donne accès à une meilleure compréhension de Jésus. Marie prie avec nous, dans la communion des saints. Elle peut être une belle figure d'identification féminine. Je regrette que certains théologiens protestants en arrivent à ne plus oser parler d'elle.
Pour vous, que représente Marie?
Pour moi, Dieu est un père qui a le cœur d'une mère. En hébreu, l'Esprit saint est au féminin. Il est devenu neutre en grec, puis masculin en latin. La trinité est autre chose qu'un monothéisme dur. Il y a de la place pour de l'indéterminé et du féminin. Chez Luc, Jésus est comparé à une mère-poule qui rassemble ses petits, il est rapproché aussi de la sagesse. Mais je suis touchée par ce que la figure de Marie réussit à mettre en marche chez les gens. Le 1er dimanche d'août se fête en Valais Notre Dame des neiges. Je vois là comment la figure de Marie met les gens en contact, comment elle évoque pour eux des images d'amour maternel et de douceur. Le moment de vérité de Marie est dans la représentation de la pietà. Dans chaque mère qui tient son enfant mort dans ses bras, il y a une pietà.
En savoir plus
- Deux livres:
Enrico Norelli, «Marie des apocryphes. Ce que la Bible ne dit pas de la mère de Jésus», Labor et Fides, à paraître en janvier 2009.Martin Luther, «Le Magnificat», Ed. Nouvelle Cité, 1983.
- Une conférence:
Jeudi 22 janvier, 20h30, Vevey, Centre paroissial de la Part-Dieu (à côté de l'église Notre-Dame) «Marie dans et hors du Nouveau Testament: un regard réformé». Cette conférence de Claire Clivaz fait le pari d'un regard réformé sur Marie. Qu'en dit le Nouveau Testament? Qu'en sait-on en dehors? Qu'est-ce qui unit et divise les chrétiens sur ce sujet? Libre contribution aux frais. Renseignement: 076 378 92 76
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