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Panorama
Dieu et ses images dans l'art Version imprimable Suggérer par mail
27-11-2008

François Bœspflug publie un ouvrage monumental sur les images de Dieu. Des centaines de représentations de l'Eternel à admirer

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Michel-Ange, «La création d'Adam», détail de la voûte de la chapelle Sixtine, fresque, vers 1512, Rome, musées du Vatican, chapelle Sixtine.

Photo : Bayard 

 

Les hommes n'ont jamais vu Dieu. Cela ne les a pas empêchés de lui donner un visage au fil des siècles. Etonnant non? «Les traditions monothéistes insistent sur le fait que Dieu est un être spirituel, la fabrication d'une image de Dieu est vouée à l'échec. Mais Dieu a constitué un tel pôle de référence qu'il était inévitable qu'il suscite des images littéraires et plastiques. Théologiquement cela se discute, humainement cela se comprend.»

François Bœspflug a consacré dix ans à rassembler ces images. Il les publie dans un imposant ouvrage de 540 pages. «J'essaie de montrer comment le christianisme s'est libéré de l'aspect inhibant de l'héritage juif - la condamnation de l'image dans le décalogue - pour laisser faire un dynamisme expressif. Le christianisme aurait pu devenir une religion sans image, comme l'islam. Cela n'a pas été le cas. La conviction que le Christ est sauveur et qu'il nous invite à vivre ce salut avec lui s'est exprimée en mots, puis en images.»

La tradition juive était hostile aux images de Dieu, ce qui la distinguait de ses voisins. Les chrétiens des premiers siècles ont respecté cet interdit, et ils ne disposaient pas de répertoire dans lequel puiser des modèles. Peu à peu ils ont adopté des styles dans d'autres cultures pour leur donner un contenu religieux.

Ils s'appuient sur le verset où Jésus dit: «Celui qui m'a vu a vu le Père» pour donner à Dieu le visage du Christ. Les artistes doivent faire face à l'absence de toute description physique de Jésus dans la Bible. Ils lui donnent les aspects les plus variés. Des images miraculeusement apparues vont bientôt imposer l'image traditionnelle d'un homme mûr, barbu, qui nous dévisage.

Du IIIe au VIIIe siècle, il y aura bien des tentatives de représenter Dieu le père sur un modèle de dieu gréco-romain, mais sans lendemain. L'image différenciée du Père dans la trinité, sous la forme d'un vieillard, se forge lentement, à partir du XIIe siècle. Elle triomphe avec Raphaël et Michel-Ange. Cette représentation ne s'appuie pas sur le texte biblique, mais plutôt sur la force de la métaphore du père.

Les premières représentations de la trinité apparaissent au XIIe siècle. Elles ne sont pas mieux fondées théologiquement que celle de Dieu le père. A l'exception de celle tirée de l'épisode de l'hospitalité d'Abraham, dans l'Ancien Testament, où le patriarche accueille Dieu qui lui apparaît sous la forme de trois hommes.

Le XXe siècle n'a pas été très riche de représentations de Dieu. L'historien de l'art y voit plusieurs raisons: l'effondrement de l'inspiration et de la culture biblique des artistes; le fait que Dieu cesse d'être une préoccupation de l'art; la saturation ressentie face à la représentation de l'homme; la revendication d'autonomie de l'art d'avant-garde, qui refuse de se mettre au service de quiconque, encore moins d'une religion.

«Il y a certes une éclipse de la trinité, mais la figure de l'homme maltraité est une obsession de l'art du XXe siècle, précise l'historien. Le schéma de l'homme persécuté inspire autant les artistes qu'auparavant. Picasso illustre la crucifixion mais pas la trinité.»

François Bœspflug est confiant pour l'avenir: «Notre perception est provinciale. Des artistes en Amérique du Sud ou en Corée ont une conception différente de la nôtre. D'autre part, le web, les images de synthèse et la communication instantanée vont multiplier la création d'images exploratoires. Le sujet de Dieu, éclipsé au XXe siècle, est appelé à renaître, d'autant que le christianisme reste vivace et est en expansion rapide.»

  • V.Vt

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François Bœspflug, Dieu et ses images, Bayard, 277 fr. Un ouvrage de 540 pages, avec 300 reproductions en couleur.