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Marie-Hélène Miauton, économiste et chef d’entreprise, parle des Eglises, de son travail, et des atouts utiles pour passer le gros temps qui s’annonce
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Marie-Hélène Miauton: «L’espérance, la foi et la charité.»
Photo : Marcel Imsand
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La presse nous apprend que vous avez acheté la cure de Grandvaux. Est-ce pour prendre la place du pasteur?
Marie-Hélène Miauton: Non, évidemment, car le pasteur était parti depuis un certain temps déjà. Lorsque l’Etat a décidé de vendre cette cure, comme il l’a fait de plusieurs autres depuis quelque temps, j’ai répondu à l’appel d’offres sous pli notarié, et je l’ai obtenue. Mais, quoique croyante, je ne prendrai pas la place du pasteur !
Du haut de votre chronique hebdomadaire dans le journal «Le Temps», vous exhortez toutefois vos lecteurs…
Ce ne sont pas vraiment des exhortations mais plutôt une chronique d’humeur. Je reçois souvent du courrier de lecteurs qui me contredisent, mais aussi d’autres qui se sentent rassurés de ne pas être seuls à croire aux mêmes valeurs que moi. Dans cette période où tout le monde semble tenu de penser la même chose, c’est une excellente chose que des voix parfois discordantes puissent s’exprimer librement.
Quelle est votre attitude à l’égard de l’Eglise?
J’ai un parcours singulier puisque ma mère était catholique et mon père protestant. A son mariage, mon père a dû jurer que ses enfants seraient éduqués dans le catholicisme et il a tenu parole. A l’âge adulte, de façon surprenante, autant ma sœur que moi-même avons décidé que nous serions protestantes. Cela me donne une sensibilité œcuménique, car je me sens d’abord profondément chrétienne.
Au vu de vos enquêtes, avez-vous des conseils à donner aux Eglises?
Oui, elles m’intéressent et je me préoccupe de leur avenir, celui des Eglises protestantes romandes en particulier, qui rencontrent des difficultés: une certaine désaffection du culte, une difficulté à se situer dans un monde dont la spiritualité a profondément changé. Sans oublier les problèmes financiers, à Neuchâtel et à Genève en particulier, car l’Eglise vaudoise est préservée par son lien avec l’Etat… L’Eglise doit recentrer sa mission, mieux définir son positionnement et son discours face à ses membres et au grand public. Un travail merveilleux est réalisé, avec abnégation et engagement, mais il est souvent mal récompensé, avec un public de fidèles qui vieillit et peine à se renouveler. Tout cela nécessite une réflexion profonde. Nous sommes à un tournant. On a tardé à faire face aux difficultés qui doivent désormais être abordées de front. Les prémices de la situation actuelle étaient visibles il y a quinze ans déjà et nous sommes maintenant au pied du mur.
Vous menez des sondages depuis trente ans. Cela vous aide-t-il à anticiper la situation de demain?
Les sondages ne sont pas faits pour prévoir, mais pour indiquer l’état d’esprit de la population à un moment donné. Nous ne prétendons pas être des devins. Cela dit, lorsque les gens nous donnent leur opinion, nous pouvons poser des hypothèses et tenter de déceler des pistes d’avenir. Ce ne sont pas des prévisions inscrites dans le marbre.
L’année 2009 s’annonce difficile. Le ressentez-vous déjà dans les interviews que vous menez?
Les avis sont partagés. La population suisse ne vit pour l’instant pas la crise alors qu’elle est là depuis plus de trois mois. La majorité a fêté comme les autres années. L’inquiétude sur l’emploi existe, mais la Suisse ne connaît pas un état d’anxiété, voire de panique, sensible en France ou en Espagne. Du côté des experts, certains disent que nous entrons dans la plus grande crise des trente dernières années. D’autres, au contraire, affirment que si nous cessions d’en parler, nous la verrions à peine passer. Comme chef d’entreprise, j’essaie d’avoir une attitude positive pour ne pas provoquer par mes comportements la situation que je redoute : j’engage du personnel, je développe mes infrastructures, j’augmente les salaires… Qui vivra verra!
La crise financière a provoqué un brusque effondrement des valeurs en Bourse. Elle a révélé aussi un sérieux déficit de valeurs morales. Ces valeurs n’intéressent-elles plus?
C’est une crise de voyous. Les financiers malhonnêtes et les filous ne sont pourtant pas seuls en cause. Ils ont bénéficié de l’aveuglement de tous. Sous leur influence, beaucoup de gens ont été appâtés par des bénéfices irréalistes et n’ont pas résisté. Je ne crois pas que l’homme soit meilleur aujourd’hui qu’hier. Mais auparavant la structure morale et sociale, modelée par le christianisme, encadrait les individus. Aujourd’hui, tout est permis. Or l’homme a besoin d’une colonne vertébrale. Si la hiérarchie entre les valeurs disparaît et que le matérialisme est omniprésent, il n’est plus possible de se tenir droit. Le mouvement permissif a été trop loin. Une société libertaire ne satisfait pas mieux les aspirations fondamentales de la population qu’une société plus structurante et les gens ne sont pas plus heureux qu’avant, pour preuve le succès que connaissent psychologues et psychiatres.
Visiblement, les valeurs vous intéressent!
Oui, beaucoup, et je crois qu’au fond elles intéressent tout le monde. Mais cet intérêt n’est plus entretenu. Il n’y a plus d’incitation forte à les vivre. On les reconnaît encore comme bonnes, mais on se contente d’en parler au lieu de les vivre!
Avez-vous une recette pour les temps difficiles?
Je ne vois pas de quel droit je me permettrais de donner des recettes... Mais, au risque de jouer au pasteur, je crois que, dans les temps difficiles, l’espérance, la foi et la charité offrent la triple clé qui peut aider. L’espérance que les moments agités ne dureront pas. La foi en une transcendance qui permet de voir plus loin. La charité qui nous rend attentifs à ceux qui sont dans une détresse plus grande que la nôtre. Je recommanderais aussi de ne jamais se replier sur soi, par pudeur ou manque de confiance. Nous appartenons tous à une communauté, Eglise, voisinage, famille… Il faut la rechercher et entretenir avec elle des contacts enrichissants et consolateurs.
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