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Actualité
Irak, récit d’un calvaire chrétien Version imprimable Suggérer par mail
14-01-2009

L’archevêque de l’Eglise latine de Bagdad se bat pour les chrétiens persécutés. Menacé de mort, il refuse d’abandonner cette communauté millénaire

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Une femme chrétienne chassée de chez elle a trouvé refuge dans une église à Bagdad.

Photo : Reuters, Mohammed Amenn 


Il est prêt à donner sa vie. Mgr Jean Benjamin Sleiman, archevêque de l’Eglise latine de Bagdad, ne veut pas partir. Menacé de mort, ce Libanais d’origine refuse d’abandonner les chrétiens d’Irak à leur patrie ravagée. Rencontré en Valais, le religieux souligne que les chrétiens, persécutés par les fondamentalistes islamistes, font face à des choix terribles: «S’ils refusent la conversion ou le statut de dhimmi (voir encadré), c’est la mort ou l’exil.»

Dans les zones plus calmes, les îlots de coexistence sont fragilisés: les chrétiens subissent des pressions pour se conformer aux coutumes musulmanes. L’amitié qui unit encore en certains endroits les deux communautés vacille. «Les musulmans se joignaient à nos festivités et vice versa. A présent, seul le Kurdistan pourrait offrir une certaine liberté aux chrétiens, mais ils peinent à s’y intégrer.» Une menace plus grande encore pèse sur la présence millénaire des chrétiens en Irak: le sentiment de ne plus appartenir à leur patrie.

Pour ces croyants, pas d’avenir dans la nation irakienne. «L’injustice de leur situation leur fait oublier le sens de leur mission extraordinaire sur ces terres, explique l’archevêque. Les chrétiens irakiens sont des martyrs: ils subissent une situation qu’ils n’ont pas provoquée. Leurs souffrances, qui rejoignent celles d’autrui, ont un sens mystique profond.»

Paradoxe de l’occupation

On pourrait imaginer que les Américains, d’origine chrétienne, ont aidé cette minorité. Faux, affirme Jean Sleiman, «l’occupation a même contribué à détériorer la situation de nos communautés.

Les fanatiques nous accusent de collaborer avec l’occupant.» Pour les Américains, «les Irakiens sont des Arabes dont il faut se méfier, non des chrétiens». Douloureux paradoxe… Même s’il ne peut compter sur les Américains, l’archevêque est catégorique. «S’ils se retirent, c’est la défaite du monde libre, le triomphe de l’anarchie et de la barbarie. Ils empêchent l’Irak d’imploser totalement.» Jean Sleiman est venu en Suisse pour sensibiliser l’opinion politique aux souffrances des chrétiens. Il espère une aide dans le développement et le maintien de la paix.

«J’aimerais aussi que les Européens poussent leurs gouvernements à s’impliquer davantage dans cette guerre. Il ne faut pas que les Etats-Unis décident seuls de l’issue. Si cela se finit comme le Vietnam, ce sera un désastre pour le monde libre», souligne-t-il. Confronté à un danger permanent, le religieux a une réponse lumineuse. «Qui n’aurait pas peur, plongé tous les jours dans une telle violence? Je ne suis pas surhumain. Mais le plus grand de tous les pièges de l’Irak, c’est la peur. Ce poison empêche les chrétiens de jouer un rôle politique et spirituel capital. Alors je lutte. Je ne suis pas seul: la présence de Dieu me permet de trouver une certaine paix.» Un silence. «Car seule la grâce divine permet à l’être humain de transcender la peur de la mort.»

  • A.J.
Chrétiens des premiers temps

Les Irakiens sont les héritiers de l’ancienne Eglise d’Orient, issue de la première communauté chrétienne de Jérusalem. Les chrétiens sont la plus ancienne population vivant en Irak où coexistent quatorze Eglises reconnues.» Combien sont-ils? «Seul l’Esprit saint le sait vraiment!» tranche un Jean Sleiman facétieux. Il n’y a aucun recensement officiel depuis les années 1980. L’archevêque estime qu’ils ne seraient plus que 450 000, sur 26 millions habitants. La moitié qu’avant le début de la guerre…

  • bn

Un livre: «Dans le piège irakien», Monseigneur Jean Benjamin Sleiman, Presses de la Renaissance.

Dhimmi, une soumission permanente
Le mot arabe «dhimma» signifie conscience. Le sort du croyant non musulman est confié à la conscience du musulman contre le paiement de taxes, un statut inconfortable. Le statut de dhimmi n’est accordé qu’aux «Gens du Livre», chrétiens et juifs.