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Coup de jeune
«La passion du chant casse les barrières» Version imprimable Suggérer par mail
14-01-2009

Le chœur des jeunes de l’Eglise revient du Bénin. Dominique Tille, son chef, raconte 

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Dominique Tille en habits béninois: «Je veux transmettre la confiance dans le métissage».

Photo : Flore Wagnières 


Vous revenez juste du Bénin avec un chœur de 40 jeunes chanteurs vaudois. Quelles sont vos impressions?
Dominique Tille: Une grande satisfaction de ce que nous avons pu faire là-bas artistiquement. Je garde l’image des jeunes impressionnés à l’écoute du premier chant de la chorale béninoise. Ils étaient heureux ensuite de les rejoindre pour chanter. Les sourires étaient sur tous les visages. Des moments magnifiques. Mes attentes ont été comblées: un son différent s’est créé, qui a pris les qualités des deux chœurs. L’aventure du chant, l’aventure humaine, a pris toute son importance. Les jeunes ont vécu beaucoup d’émotions. Les amitiés avec les Africains ont été fortes. Il y a eu des pleurs quand il a fallu quitter nos amis béninois. Au retour, je me réjouis qu’ils viennent eux aussi en Suisse.

Votre tournée comptait surtout des gospels et des negro spirituals, des chants d’origine afro-américaine. Comment avez-vous été reçus au Bénin?
Les Africains apprécient quand c’est rythmé, que cela tape des mains. Un solo de basse bien enlevé, c’est l’extase. Il n’y a pas de gospel africain, ce n’est pas leur culture, mais ils apprécient ce style, certains le chantent aussi. Nous avons eu le plus de succès avec les chants africains que nous avions appris. Nos hôtes ont été touchés que nous chantions dans leur langue.

La phase suivante du projet aura lieu en avril, avec 40 chanteurs du Bénin en tournée en Suisse. Que nous promettez-vous?
D’avantage qu’un concert, ce sera un spectacle. J’ai envie de mettre en scène cet échange. Il y aura des surprises, avec des chants qui allient les deux rythmiques. Sur un morceau que j’ai choisi, ils ont créé, comme ils le font toujours, une chorégraphie et ajouté leurs propres rythmes et percussions. Les deux versions se rejoindront. Avec cent chanteurs sur scène, ce sera impressionnant. Les voix africaines sont très belles. Ce spectacle de fête sera coloré et dynamique. Le public vivra notre idée que l’échange entre personnes est déjà action humanitaire.

Qu’est-ce que ce projet représente pour l’Eglise ici?
Nous avons reçu des dizaines de messages de soutien, notamment sur notre site internet. Les gens vibrent avec ce projet. Le film qui a été réalisé a motivé des paroissiens, qui se réjouissent de rencontrer la chorale béninoise. Il y a une forte attente de l’Eglise et de nos partenaires. Pour les Béninois, c’est un réel message d’espoir.

Votre vision est que des Suisses et des Africains se retrouvent autour d’une passion commune…
Les jeunes l’ont dit eux-mêmes. Le contact n’est pas évident avec un grand fossé culturel. La passion du chant a cassé spontanément ces barrières. Je l’ai ressenti dans mes échanges avec le chef de la chorale de Godomey, pour qui le chant est aussi central que pour moi. Malgré nos quotidiens si différents, nous échangions d’égal à égal.

Vous êtes un chef de chœur qui a de l’ambition. Pourquoi participez-vous à un projet d’Eglise?
Je suis de confession protestante, je suis membre de mon Eglise. On m’avait appelé pour un voyage en 2002 au Cameroun et les contacts se sont poursuivis. Je n’ai pas cherché à faire un projet d’Eglise, mais il se trouve que celui-ci y est lié et cela me va bien. J’apprécie la dimension sociale de cette tournée et son utilité plus large que l’exécution musicale. Elle montre que nous faisons partie d’une communauté, elle rassemble des gens. C’est spirituel en soi.

La dimension spirituelle de la musique sacrée compte-t-elle pour vous?
Oui, elle est importante. J’ai créé une association de concerts spirituels pour amener cette dimension dans des concerts classiques. J’aiguille les auditeurs vers cet aspect à l’aide de textes. Dans les gospels et les negro spirituals, j’ai de la difficulté avec la force de certains mots, qui me paraissent parfois violents. J’apprécie donc qu’ils soient en anglais et non dans ma langue maternelle. Le sens est là, mais sans la dureté du mot, parfois difficile à assumer. Cela rend cette musique tout public, avec la liberté de prendre ou non la dimension croyante.

Qu’avez-vous envie de transmettre aux jeunes?
Il y a tout d’abord la vie du groupe, quand vous vivez à quarante dans des situations plus précaires que chez nous, avec peu de confort. Les jeunes sont impressionnants, tout s’est passé dans une bonne ambiance. Ensuite, le chant apprend l’importance de l’individu au sein du groupe. Chacun amène ses qualités et ses défauts. Avec les années, j’ai vu des jeunes s’ouvrir grâce au chant. Les danses auxquelles les Africains nous ont initiés améliorent aussi la posture, le lien avec le corps. Je veux enfin transmettre la confiance dans le métissage. Il ne faut pas avoir peur de l’autre, les différences sont enrichissantes. Chanter ensemble rend cette idée concrète. Chacun apporte ses différences et cela forme un nouveau tout.

  • G.D. 

Tournée en Suisse

La Grande chorale de Godomey et le Chœur des jeunes de l’Eglise bientôt en tournée en Suisse.

Les billets (adultes 35 fr., étudiants 20 fr., enfants 10 fr.) peuvent être réservés dès le 9 février au 021 647 45 09 ou sur www.projetbenin.com

22 avril, 20h30, temple de Payerne; 24 avril, 20h30, théâtre de l’Octogone à Pully; 25 avril, 20h30, théâtre Benno Besson à Yverdon; 26 avril, 17h, théâtre de Grand-Champ à Gland; 28 avril, 20h30, théâtre de Montbenon à Lausanne; 2 mai, 20h30, théâtre de Vevey; 3 mai, 17h, théâtre de Beausobre à Morges; 5 mai, 20h30, théâtre de Montbenon à Lausanne.