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Février 2009
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Vie des gens
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La mort humanisée |
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| 14-01-2009 | |||
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Edmond Pittet publie un livre pour redonner aux familles endeuillées leurs droits
Une personne décédée depuis plusieurs jours a été retrouvée chez elle. Il faut répondre à la famille. Le directeur prend le temps nécessaire, avec calme. «Ma grande terreur, c’est de savoir à la place des familles ce qui est bon pour elles», confie-t-il. Il refuse d’utiliser son rôle de professionnel pour exercer un pouvoir sur les endeuillés. Son livre vise à rendre aux proches leurs droits. «Les deux tiers du savoir n’appartiennent pas aux pompes funèbres, mais à la famille, défend-il. Si nous adoptons une attitude d’écoute, les proches parviennent à dire leurs souhaits.» Importance capitale, car les gestes accomplis, les paroles prononcées resteront gravés à jamais dans les mémoires. Les endeuillés doivent pouvoir poursuivre leur vie avec le soulagement d’avoir accompli tout ce qui était en leur pouvoir. D’où la question favorite d’Edmond Pittet aux proches: «Qu’est-ce que je peux faire pour vous?» «La mort humanisée» est un livre d’anecdotes poignantes. Le conseiller funéraire, malgré trente ans d’expérience, continue à apprendre son métier en écoutant. «Chaque famille, chaque situation est nouvelle. Mon souci est de ne rien voler de ces instants qui leur appartiennent.» Edmond Pittet raconte à quel point un temps de recueillement est primordial. «Quatre personnes sur dix meurent de manière inattendue. Il faut offrir à la famille la possibilité de s’approprier cette fin de vie, de parler au défunt, de prendre congé. Nous sommes sur le terrain du sacré.» Gestes ultimesAutant dire qu’une chambre funéraire à l’ambiance glaciale n’est pas le lieu idéal. «Des familles m’ont dit, terrorisées par certains centres funéraires: le défunt est seul, il a froid.» Il faut que le funérarium soit chaleureux et que la famille puisse veiller le mort à toute heure. A l’image de cette maman soucieuse de se rendre le soir au chevet de son fils décédé pour éteindre une lampe «comme lorsqu’il était en vie». Le professionnel n’éloigne pas les proches des ultimes gestes qui font sens, tels que coiffer le défunt. Ils peuvent être là lorsqu’on ferme le cercueil «pour qu’ils soient les derniers à l’avoir vu», appuie Edmond Pittet. Détails? Que nenni. Il se souvient de cette femme qui a dû attendre cinquante ans pour se pencher sur le corps de sa fille. «Quand vient le jour de désaffecter la tombe, elle me charge de récupérer la pierre tombale et les ossements. Mais voilà qu’elle arrive au cimetière au moment où nous ouvrons le tombeau! Elle veut voir, se penche longuement sur les ossements. Elle confie, émue, qu’elle n’avait pas pu se pencher jadis sur le corps de sa fille. Plus tard, elle me dira le bien que cela lui a fait.» Le droit de la famille s’exerce jusque dans les dernières volontés du défunt, parfois difficiles pour les proches. Que faire s’il n’avait pas de croyances ou ne voulait pas de cérémonie? «La famille peut très bien décider de faire quelque chose pour elle, répond Edmond Pittet. Je leur rappelle que le défunt, de son vivant, était bienveillant vis-à-vis de ceux qui restent.» Edmond Pittet est un homme de conviction. «On ne s’habitue jamais à côtoyer la mort. Il faut quelque chose à côté du cercueil, une conviction, la foi. Je ne ferais jamais ce métier si je n’étais pas croyant.»
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