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Anne Baecher: «Un pont entre les gens et l’Eglise» Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2009

Anne Baecher anime «La soupe» à la RSR, et la nouvelle émission de l’Eglise protestante vaudoise sur les TV locales. Témoignage

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Anne Baecher: «Des questions proches du spectateur.» 

Photo : Valdemar Verissimo 


Vous animez et produisez l’émission «La soupe» à la radio romande le dimanche matin. Une rude concurrence au culte dominical, non?
Anne Baecher: Notre émission en public est à 11h. Le culte à la radio, comme aussi dans les paroisses généralement, est à 10h. Les deux ne sont donc pas forcément incompatibles. Nous pouvons avoir le même public. Mais je n’ai pas comparé les chiffres d’audience.

L’émission du dimanche n’est pas tendre avec les Eglises. Elles sont utilisées pour faire rire, ou juste comme souffre-douleur?
C’est une des variantes de la satire. L’émission tire sur tout ce qui bouge, le social, la politique. Nous recevons plus de lettres lorsque nous parlons des Eglises. Il y a différentes sensibilités parmi nos chroniqueurs. Mais les anticléricaux se font plus remarquer. Nous avons eu une conversation avec un chroniqueur à propos d’un sketch qui caricaturait fortement une Eglise. Ils savent que je suis croyante. Les Eglises et le bon Dieu s’en remettront. Il serait grave d’imaginer que «La soupe» ait le pouvoir de démolir l’essentiel de ce qu’est la foi.

Les Eglises sont-elles les dernières minorités dont on peut encore se moquer sans s’attirer les foudres de quiconque?
Ce ne sont ni les seules ni les dernières. Le parti des Verts ou les popistes sont aussi ultra-minoritaires et ne sont pas épargnés. Il n’y a pas si longtemps, les Eglises n’étaient pas minoritaires du tout. La bonne question serait de se demander pourquoi elles sont devenues des minorités.

Vous animez aussi l’émission de l’Eglise protestante vaudoise sur les télévisions locales, «La crypte». C’est pour vous faire pardonner?
Bien sûr, et j’ai très mauvaise conscience de me moquer de l’Eglise. C’est mon purgatoire (rire). Ils ont choisi Bill McComish comme partenaire exprès, parce qu’il est terrible. Je rachète mon ciel par petits bouts.

Que voulez-vous faire passer avec cette émission?
Elle pose sous une forme nouvelle des questions sur la foi, en particulier chez ceux qui la vivent. L’Eglise protestante a des valeurs à transmettre. Nous essayons d’établir un pont entre les questions que se posent Monsieur et Madame Tout-le-monde d’un côté et ce que les théologiens et les Eglises en disent de l’autre. Nous nous appuyons sur des thématiques qui concernent les gens, qui préoccupent chacun. Un théologien les explore en prenant une certaine distance, parfois avec humour. La structure de l’émission, c’est une rencontre entre Bill McComish, pasteur et ancien doyen de la cathédrale de Genève, et moi.

Ce n'est pas un jeu de comédiens.»

Comment vous y prenez-vous pour donner une image moderne de l’Eglise?
J’espère que nous y parvenons. Il est important que mes questions restent proches du spectateur. Elles sont provocantes et spontanées. Bill essaie de remplir le fossé qui sépare ces questions du discours théologique, à partir de son vécu de pasteur. Il n’y a pas vraiment de stratégie étudiée. C’est vraiment une rencontre, autour d’un thème, et de sujets intéressants. Nous travaillons sans prompteur. C’est sincère, ce n’est pas un jeu de comédiens.

L’émission «La crypte» peut-elle plaire à la fois aux Eglises et aux chaînes locales sur lesquelles elle est diffusée?
Celui qui prendrait en compte tous les paramètres ne prendrait pas de risque. Et cette émission ne se ferait pas. Il est impossible de plaire à tout le monde. C’est vrai pour le public comme pour les Eglises. Je trouve bien que l’Eglise protestante prenne ce risque. Elle n’a pas peur de se mouiller. Le message que l’émission veut faire passer est compatible avec les gens. Sur ce mode et dans ce décor entre fiction et réalité, nous pouvons les rejoindre. Encore heureux que l’Eglise puisse prendre un risque. La foi est risquée. Vivre est un risque.