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Je vais y réfléchir
Les économistes libéraux discrédités? Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2009

Depuis des mois, chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles économiques. Pour la majorité des observateurs, la cause paraît cependant entendue: ce n’est pas le système qui a failli, mais les hommes.

y_mudryLes schémas de pensée en vigueur jusqu’ici restent donc valables: il faut favoriser l’esprit d’entreprise, l’innovation, la concurrence; il est bon de chercher à gagner un maximum d’argent.

Ceux qui sont de cet avis ont une vision purement technique de la crise. Ils expliquent par exemple que des crédits ont été octroyés à des personnes insolvables ou que le risque n’a pas été correctement évalué. Ils reconnaissent ainsi qu’il y a eu des excès, mais pas plus.

Ces explications sont-elles suffisantes? Pour voir qu’il faut aller plus loin dans l’analyse, il suffit de poser cette question: qu’est-ce qu’il y a de commun à ces «excès»? La réponse est simple: chaque fois, les personnes ont fait ce qui paraissait le plus avantageux pour elles.

Les uns ont contracté des crédits sans avoir de revenus, les autres ont vendu des produits opaques; les uns ont spéculé pour s’enrichir, les autres ont retiré leurs avoirs pour ne rien perdre. Et que s’est-il passé? Toutes ces démarches individuelles très rationnelles ont provoqué une catastrophe collective.

Il s’est ainsi avéré que lorsque chacun pense d’abord à soi, tous peuvent y perdre gros, car il n’y a pas de «main invisible» qui fait que l’égoïsme individuel profite à tous. La leçon, banale pour le sens commun, est explosive pour la théorique économique. Elle contredit l’idée clé des pères de la discipline, résumée par l’un d’eux en ces termes: «Les vices privés font le bien public.»

La crise a ainsi montré que le credo libéral reposait sur une mauvaise philosophie. Pourtant, rien ne changera, ou si peu. Le système mis en place par les champions de l’intérêt privé et du laisser-faire est si contraignant que la fuite en avant se poursuivra. Tout espoir n’est toutefois pas perdu, parce que l’histoire peut aussi réserver de bonnes surprises. 

  • Yvan Mudry, auteur de «Adieu l’économie»*
* Ed. Labor et Fides, 2003