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Une aide spirituelle pour cas d’urgence Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2009

Dans des situations extrêmes, la police fait appel à des pasteurs, prêtres ou théologiens. Récits 

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Lors du terrible accident de Bavois l’an dernier, un pasteur est intervenu parmi les secouristes.

Photo : police vaudoise 

 

La sonnerie du téléphone portable du pasteur Xavier Paillard retentit. Un effroyable carambolage vient d’avoir lieu sur l’autoroute A1 près de Bavois. Le trafic matinal de ce 1er avril 2008 a tourné au drame. Déséquilibré par un accrochage entre deux véhicules, un semi-remorque a franchi la berne centrale et percuté violemment deux voitures roulant en sens inverse. Un mort, des blessés dont un grave.

Xavier Paillard laisse tout tomber et file sur le lieu de l’accident. Il est ce jour-là permanent de l’aide spirituelle en cas d’urgence. Sur place, il est rapidement briefé par le chef d’intervention. «Il y avait six témoins choqués par ce qu’ils ont vu et vécu», se souvient le pasteur.

Pompiers et secouristes s’affairent au milieu des débris et du chaos. Pour les témoins laissés à eux-mêmes, c’est le désarroi. «J’aurais pu mourir moi-même», réalise l’un d’eux. «J’ai hésité à dépasser à ce moment-là», tremble un autre.

Le pasteur prend soin des survivants qui doivent attendre pour leur déposition. Il organise une table d’accueil à l’écart, au restoroute. Il les aide à reprendre contact avec leurs proches.

«Durant la prise en charge, je les écoute, je les aide à prendre soin les uns des autres, j’essaie de discerner la gravité du traumatisme, je les rends attentifs aux effets secondaires, je les informe en permanence de ce qui se passe du côté de la police.» Après plusieurs heures, l’intervention n’est pas terminée. Le pasteur part encore annoncer la terrible nouvelle dans la famille du défunt.

Cinquante intervenants

La gendarmerie vaudoise a aujourd’hui à disposition une équipe de cinquante pasteurs, diacres, prêtres ou théologiens spécialement formés pour intervenir dans des situations de crise. Les Eglises protestante et catholique viennent de présenter leur nouveau service d’assistance spirituelle et psychologique d’urgence, mobilisable en permanence en trente minutes.

Le besoin d’une telle aide ne fait aucun doute aux yeux de l’adjudant Serge Villars, chef du Centre d’intervention du Nord vaudois. «C’est une vraie décharge pour nous, constate-t-il. Des professionnels compétents amènent du réconfort aux victimes, tandis que nous devons poursuivre notre mission d’urgence ou notre fonction d’enquêteur.»

Aucune réticence de la part de ses hommes d’intervention, assure-t-il. Au contraire: «Certains collègues doivent réprimer l’envie de faire appel encore plus souvent à l’équipe de soutien. Je ne sais pas comment nous faisions avant.»

La collaboration du gendarme et du pasteur n’est pourtant pas nouvelle pour annoncer les décès. Elle s’était perdue dans l’oubli. «Elle revient de manière naturelle», se réjouit l’adjudant. Le service œcuménique, partiellement financé mais en grande partie bénévole, a déjà été sollicité plus de 200 fois durant ses deux années d’essai.

Prise en charge rapide

Le pasteur n’est pas là pour évangéliser les victimes. Sa mission est de prendre soin des survivants. Car l’expérience montre que la prise en charge rapide et l’écoute des questions provoquées par la détresse peuvent atténuer les troubles posttraumatiques.

«Notre rôle est de permettre que la vie reprenne, explique Corine Richard, diacre coordinatrice des équipes de soutien. Nous accompagnons la personne quand elle vit les premiers instants, sa révolte, ses pleurs. Puis, lorsqu’elle retrouve ses esprits, nous l’aidons à se remettre en contact avec ses proches. Nous restons le temps que ce premier chaos soit résorbé et qu’un réseau soit organisé pour prendre le relais.»

Mais pourquoi des religieux et pas des psychologues? «Nous avons l’expérience du terrain, l’habitude de nous rendre chez les gens, nous sommes spécialisés sur le sens de la vie et la souffrance extrême, répond Corine Richard. Mais si un soutien psychologique plus important est nécessaire, nous pouvons le repérer.»

Pour la diacre, ce travail est bien une mission d’Eglise. «Quelqu’un est debout à côté des victimes pour leur montrer que la vie va reprendre sens.»

  • G.D.

* Prénom d’emprunt.