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Spiritualité
Les anges existent-ils? Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2009

A la recherche des figures célestes. Les anges gardiens reviennent à tire-d’aile dans la spiritualité populaire. Cette croyance ne se rattache pas toujours à l’Eglise. Pourtant, elle puise dans la tradition chrétienne

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Cent anges dans le temple de Clarens, une fresque de François de Ribeaupierre

Photo : François Rusillon 


Le pasteur retraité Jean Borel étudie les anges depuis longtemps. Il ne se réjouit pas de l’état de l’engouement populaire. «Le mépris de l’Eglise protestante pour ces questions a créé un appel d’air, déplore-t-il. Les gens vont chercher ailleurs, mais ne savent pas où le faire. Plein de discours partiels sur le sujet circulent.»

Le pasteur n’a pas peur de croire aux anges. «Je renvoie simplement à la Bible. Si vous en expurgez les anges, vous la dénaturez. Il y a plus de 1400 occurrences du mot ange ou de son envers démoniaque.»

Cela dit, il ne veut pas parler des anges sans parler de l’homme. «L’angélologie n’est rien sans l’anthropologie, elle apporte une cohérence dans la création et dans l’histoire du salut. Les anges occupent une place et un rôle particuliers. Ils renvoient à Dieu.» Les anges n’ont pas plus d’ailes que nous, sourit le pasteur. «Mais elles disent ce qu’ils sont par rapport à nous: elles les distinguent de nous. Dans la Bible, ils sont rarement décrits.»

Y a-t-il de mauvais anges? «A l’origine, ils sont créés bons. Selon Saint-Augustin, la première lumière de la création est celle de l’intellect angélique.» Puis, les choses se passent ainsi: «Cette créature se voit elle-même, reconnaît qu’elle est désirée, qu’elle sort des mains de Dieu et elle se retourne vers le créateur. Mais il y a une cassure. Certains anges ne renvoient pas leur beauté à celle de Dieu. Ils s’enferment dans la leur, s’enfoncent ainsi dans la nuit. De là vient le démon.»

Jean Borel ne s’en inquiète pas. Car le Christ est au-dessus de toute hiérarchie. La mission des anges est plus forte que le chaos des démons. «C’est tout le discours de l’Apocalypse.»

Quant à rencontrer un ange, pourquoi pas! «Je ne peux pas dire que j’en croiserai un en allant à la boulangerie demain, mais c’est possible. Cette manifestation est d’un type particulier. Je dois m’y ouvrir, m’y préparer. Comme si vous rencontrez la reine d’Angleterre, vous n’y allez pas en jeans. J’ai fait des expériences qui ne sont compréhensibles que si une présence angélique existe. C’est plus fréquent qu’on ne l’imagine, mais nous manquons de discernement.»

Et l’ange gardien? «Chacun a un ange qui contemple constamment la face du Père. C’est à la fois un autre être et un double céleste. Je suis plus vrai dans mon ange que je ne le suis seulement en moi-même. Car en acceptant que Dieu me donne un ange, j’accepte qu’une part de moi soit toujours tournée vers lui. Les protestants n’aiment pas cela, car ils craignent de devoir passer par des médiateurs. Mais Dieu se donne en lien direct.»

«Nous n’en savons rien»

Matteo Silvestrini, pasteur et doctorant en théologie, lui, n’est pas fan des anges. «Des entités spirituelles dans un monde invisible, qu’est-ce? Nous n’en savons rien de manière vérifiable, cela ne nous est pas accessible de manière objective», répond-il.

«S’il y a des anges gardiens qui agissent, j’en déduis, à regarder autour de nous, qu’il y en a de plus futés que d’autres! Non, cela postule un domaine tellement inaccessible que je ne construis pas de théorie là-dessus. Je laisse planer le doute.»

Et la Bible? «Dans les Ecritures, je repère que l’idée d’ange s’est construite peu à peu, précise le théologien. Il y a tout un monde céleste. Dans la Genèse, des fils de Dieu descendent sur la terre pour coucher avec des femmes. Nous retrouvons cela dans des mythologies ambiantes.»

«Ensuite, le livre d’Hénoch, qui n’est pas retenu dans la Bible mais dont les Pères de l’Eglise se sont inspirés, explique comment les anges méchants se vouent à l’anathème, et comment les anges bons secourent les humains.» Les archanges Gabriel, Raphaël, Michel et Ouriel apparaissent là. Cela explique qu’on retrouve Gabriel dans le livre de Daniel, puis dans l’annonciation à Marie, sans le présenter.

«Dans l’Ancien Testament, l’ange se dit ‹messager›, ajoute Matteo Silvestrini. Il a été traduit en grec par ‹angelos›, qui glissera en français vers l’ange. Ces messagers envoyés de Dieu sont parfois humains, parfois ce n’est pas précisé, parfois ils ont des traits célestes.»

  • G.D. 

 

Découvrez les anges du temple de Clarens en images