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Une capitale transformée par la Réforme Version imprimable Suggérer par mail
25-02-2009

Une pasteur propose une promenade sur les traces des réformateurs à Lausanne à l’occasion des 500 ans de la naissance de Calvin 

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Trois lieux forts de la Réforme: le château, la cathédrale et, devant elle, la première académie francophone de pasteurs.

Photo : bn


Raconte-moi une histoire qui a changé la vie des Vaudois! La pasteure Jocelyne Müller nous emmène pour un voyage dans le passé en arpentant les pavés de la capitale vaudoise. La ministre de Spiritualité dans la cité ravive les traces visibles de la Réforme à Lausanne, juste là où nous passons d’ordinaire sans y penser.

«Savez-vous qu’ici ce sont les Lausannois qui demandent la Réforme, pas les Bernois qui l’imposent?» demande-t-elle malicieusement. Certes les Bernois ont envoyé Guillaume Farel prêcher à Aigle, mais les Lausannois n’en ont pas voulu. Il faut attendre que la milice lausannoise, avec nobles et bourgeois, prenne elle-même l’initiative d’appeler Pierre Viret.

j_muller_100Jocelyne Müller ne nous a pas donné rendez-vous pour rien au pied de l’imposante chaire de l’église Saint-François: «C’est ici que les idées de la Réforme sont prêchées pour la première fois à Lausanne, en mars 1536.»

La chaire des franciscains sera vite fermée à Viret. Qu’à cela ne tienne, le réformateur poursuit ses prédications dans les tavernes. Notre guide ne nous y invite pas, mais nous conduit à l’angle de la place Saint-François et de la rue du même nom. Un mime costumé tente d’attirer le regard des badauds. «Viret avait choisi le même endroit pour prêcher, juste sous cet oriel», sourit la pasteure en désignant l’avancée de la façade au premier étage. La pierre sculptée proclame encore: «A toi mon Dieu mon cœur monte.»

Partons maintenant sur les traces de l’Inquisiteur. Au moment de la Réforme, la rue de la Madeleine – entre la Palud et la Riponne – abrite un couvent de dominicains. L’ordre s’était vu confier jadis l’Inquisition. Autant dire que le bâtiment ne survivra pas aux réformés.

«A la vaudoise»

«Les ordres religieux sont supprimés pour trois raisons, rappelle Jocelyne Müller. Les réformateurs qui défendent l’idée de sacerdoce universel refusent de séparer les gens en trois états – prêtres, moines, baptisés. Ils s’opposent aussi à l’idée que l’on puisse choisir soi-même son martyre, à la place de Dieu. Ils remettent enfin en cause les trois vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté.» Pour Calvin, chacun est invité à vivre sa vocation chrétienne dans son métier, là où Dieu l’a placé. Point.

«La Réforme se passe toutefois à la vaudoise, sans chasse aux sorcières», modère Jocelyne Müller. Mais pas sans autorité. Comme plusieurs villes du canton refusent que les chaires soient ouvertes à la nouvelle prédication, les autorités bernoises convoquent une grande assemblée à la cathédrale. C’est la «dispute» de Lausanne, le 1er octobre 1536.

Viret, Farel et le tout jeune Calvin s’y retrouvent. «Imaginez les trois hommes montant les escaliers du marché», s’émeut presque la pasteure en gravissant les marches de bois. En réalité, la dispute, dont un vitrail rappelle la victoire, n’a rien d’un vrai débat. «La chose était entendue d’avance. Le but était de démontrer la supériorité des idées de la Réforme.»

Chose d’autant plus facile que les réformateurs n’ont pas de grands orateurs face à eux. L’évêque a filé en douce. La victoire n’en est pas moins importante: la cathédrale et ses richesses passent à la Réforme.

Départ fracassant

«Premier défi: former des pasteurs», lance notre guide en hâtant le pas vers l’Ancienne Académie. «C’est la première école francophone de pasteurs. Elle comptera jusqu’à 800 étudiants», précise Jocelyne Müller.

Une grave crise marque toutefois son déclin en 1558. Car Lausanne focalise les tensions entre deux visions différentes de l’autorité: celle des Bernois, influencés par Zwingli, et celle de Viret, marqué par Calvin. Pour les premiers, le magistrat a autorité sur l’Eglise, tandis que Calvin distingue les deux sphères, celle de l’Etat et celle de l’Eglise. Au terme de vives tensions, professeurs, pasteurs et étudiants – peut-être 1000 personnes – quittent Lausanne, Viret en tête, pour Genève ou la France.

La visite se termine alors naturellement au château, siège du gouvernement, mais jadis de l’évêque. «Malgré la vision des deux règnes, l’Etat détient sa vocation de Dieu, selon Calvin. Son rôle est d’offrir paix et justice pour que chacun puisse vivre sa foi. Il faut donc prier pour les autorités. Si elles n’agissent pas bien, sans doute est-ce Dieu qui nous envoie cette épreuve, soutient le réformateur.»

  • G.D.

Une balade

  • «La Réforme à Lausanne»: balade commentée par Jocelyne Müller. Vendredi 20 mars à 14h et samedi 2 mai à 10h. Rendez-vous dans le temple Saint-François (le tour dure environ 2h). Aussi: groupes dès huit personnes sur rendez-vous, 021 624 04 04