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Homme politique, engagé dans l'Eglise, Claude Ruey raconte ce qui le motive dans la vie
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Claude Ruey: "La Bible n'est pas un livre de recettes politiques"
Photo : Pierre-Michel Délessert
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Conseiller national, ancien président du Parti libéral suisse, chrétien engagé, président de l’Entraide protestante de Suisse (EPER), ancien conseiller d’Etat… Qu’est-ce qui vous fait courir?
Claude Ruey: Depuis l’enfance, j’ai vécu dans une famille engagée socialement. Mon père faisait déjà de la politique et a été syndic de Nyon. Le sens du service, la vie sociale et publique, tout cela faisait partie de la culture familiale. Mon engagement dans l’Eglise fait partie du service que nous avons à rendre. Les vocations sont diverses. Certains sont pasteurs, certains médecins, d’autres s’intéressent à la chose publique.
Reprenons. Le parti libéral que vous dirigiez a disparu…
Il n’a pas disparu, il est sublimé dans un autre parti…
…
au moment même où l’économie libérale connaît une crise d’une gravité sans précédent. Deux signaux qui marquent la fin du libéralisme?
Je ne pense pas du tout. Le libéralisme n’a jamais prétendu à la perfection. Pour moi, l’engagement politique, c’est gérer le moindre mal sur terre. Les erreurs et les excès doivent être corrigés. Le libéral voit l’homme «ni ange ni bête» mais avec réalisme. Il défend sa liberté. Nous n’allons pas empêcher la personne d’être libre en prétendant savoir mieux qu’elle ce qui est bon pour elle. Cela ne signifie pas que les gens savent toujours faire le bien et ne se trompent pas.
Vous vous battez encore pour le libéralisme?
Les mots en «isme» me font peur. Je me bats pour le respect des personnes et de la liberté, pour la responsabilité. Ce qui s’est passé dans le monde bancaire montre justement une absence du sens des responsabilités sociales. Comme chrétiens, nous vivons dans un monde déchu, nous savons que le mal existe, même si nous ne devons jamais nous en accommoder.
Comment faites-vous cohabiter l’engagement libéral avec votre engagement chrétien?
Sans aucun problème. En fait, les droits de l’homme sont une laïcisation des valeurs chrétiennes et bibliques: la protection des minorités, la liberté de conscience et d’expression… De la confrontation d’intérêts égoïstes peut naître un progrès humain, c’est la vision libérale. Mais je n’appartiens pas au libéralisme. Je ne crois pas que vous puissiez, comme chrétien, appartenir à 100 % à une idéologie politique, quelle qu’elle soit. L’engagement politique tient compte de la réalité du monde, pour essayer de la gérer le mieux possible.
Vous appuyez-vous sur l’Evangile lorsque vous devez prendre des décisions politiques?
Oui et non. Je m’appuie sur les valeurs et l’éthique découlant de l’Evangile. Mais la Bible n’est pas un livre de recettes politiques toutes faites. La seule intelligence absolue est celle de Dieu, la nôtre est limitée. Lorsque nous tentons d’appliquer l’éthique ou les valeurs bibliques à la réalité du monde, nous les transcrivons à travers notre réflexion. Un exemple: toute personne qui partage des valeurs chrétiennes pense que le chômage doit être combattu. Reste à savoir quelle est la meilleure méthode pour le faire. Est-ce en instaurant les 35 heures par l’Etat? Est-ce par des conventions collectives de travail? Est-ce en défendant une liberté contractuelle totale? Nous pouvons réfléchir à différents moyens possibles, même si nous partageons les mêmes fins. Ainsi, nous pouvons être chrétiens et partager le même but, et avoir une analyse politique et économique différente.
Alors vous comprenez que d’autres, à partir de leur lecture du même Evangile, émettent des propositions à l’inverse des vôtres, et votent socialiste?
Oui. Cela ne me gêne pas. Mais ils se trompent (rires). Les politiques chrétiens se retrouvent sur le fait qu’ils partagent la même éthique et le même but final, même s’ils diffèrent sur les moyens. Je participe à un groupe de discussion sur la théologie du royaume, en France, avec des gens qui ont des idées politiques différentes mais qui partagent la même foi. Il y règne un esprit d’écoute mutuelle rarement rencontré en politique.
Les interprétations politiques divisent les chrétiens. Nous le voyons aujourd’hui à l’EPER, où un comité s’est constitué pour contester la présence du directeur de Nestlé Suisse Roland Decorvet, au sein du Conseil de fondation que vous présidez…
L’Eglise est un lieu de rassemblement. Nous devons nous écouter mutuellement. Il est contraire aux traditions protestantes d’ouverture, d’absence de sectarisme et de respect, d’avoir une telle réaction. L’exclusion ne fait pas partie de mes valeurs. J’ai relu un livre de Maurice Clavel, «Dieu est Dieu nom de dieu». Il y fustige ceux qui dans l’Eglise excluent de communier avec le patron, qui refusent que quelqu’un devienne diacre parce qu’il a été policier. Nous devons accepter le débat et la discussion, le fait d’avoir des visions différentes. Surtout, nous devons porter un regard positif sur les personnes et vérifier les actes. Le préjugé me choque.
Dites-vous que les politiques de l’EPER et de la multinationale Nestlé dans les pays pauvres sont compatibles? Ce serait un scoop…
Nous ne sommes pas liés à Nestlé. Nous parlons de Roland Decorvet, chrétien engagé, fils et petit-fils de pasteur. Au Pakistan où il travaillait, il a transporté de l’aide alimentaire durant trois semaines, jour et nuit, suite à un violent tremblement de terre. Lors du débriefing à l’ambassade de Suisse, un représentant d’une œuvre lui a dit: «Ouais, mais quel était l’intérêt de Nestlé là derrière?» Il lui a répondu: «Dans les œuvres d’entraide, on considère peut-être que tous les patrons sont des salauds. Chez les patrons, on considère trop souvent que les gars de ces œuvres sont tous des gauchistes. Nous ferions bien de changer notre point de vue, les uns et les autres.»
Nous allons vers Pâques. Comment comprenez-vous la résurrection?
Pour moi, c’est un mystère et une source d’espérance. La politique c’est du contingent, la résurrection c’est l’aspiration vers le royaume. Un royaume que nous construisons déjà sur terre. C’est une puissante aspiration d’espérance.
Biographie express
Claude Ruey, 59 ans
- Une conférence publique: Jeudi 14 mai, 10h15, Dorigny, UNIL, Bâtiment Antropole, salle 5003. «Communauté politique, subsidiarité, justice. Quand un politicien lit le Nouveau Testament»
- Une famille: Son épouse Elisabeth Ruey-Ray, fille de pasteur, municipale à Nyon et députée. Deux enfants: Amédée, 26 ans, théologien, – «Je l’ai vu pour la première fois l’autre jour avec une robe de pasteur, cela m’a fait une grosse impression» – et Benjamin, 25 ans, étudiant à l’école hôtelière.
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