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Les athées sortent du bois Version imprimable Suggérer par mail
25-03-2009

Une campagne de publicité tonitruante, des livres à succès sur l'inexistance de Dieu, petit tour chez les antireligieux

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Ariane Sherine devant l’un des 800 bus ayant participé à la campagne qu’elle a lancée.

Photo : Reuters 


Des campagnes publicitaires placardées sur des bus à Londres et dans d’autres villes européennes et nord-américaines pour nous dire en grosses lettres que «Dieu n’existe certainement pas», des best-sellers qui veulent démontrer, science à l’appui, que Dieu n’est pas grand du tout, qu’il n’est qu’une illusion et que les religions sont la source de tous les maux de la planète: des athées semblent ne plus apprécier leur anonymat et veulent manifester plus clairement leur… quasi-religion.

La France a son Michel Onfray, les Anglo-Saxons ont leurs Christopher Hitchens et Richard Dawkins. Le filon antireligieux est juteux. C’est d’autant moins étonnant que les statistiques montrent une augmentation sensible des personnes qui se disent sans confession. En Suisse, plus d’un habitant sur dix, 11% de la population, se présente ainsi dans le dernier recensement.

Le troisième groupe après les catholiques et les protestants. Une nouvelle religion à succès? «Ce n’est clairement pas une religion, c’est un groupe statistique», répond Jörg Stolz, président de l’Observatoire des religions en Suisse et auteur de «La nouvelle Suisse religieuse. Risques et chances de sa diversité»*. «Ce ne sont pas des personnes qui se sont rassemblées, précise-t-il. Ce ne sont pas non plus des personnes qui sortent de l’Eglise, un phénomène qui n’est pas en augmentation.

Le mécanisme le plus important qui explique l’accroissement des sans appartenance est la dégradation de la transmission religieuse au sein des familles. Un mouvement qui va encore s’accentuer.»

Désintérêt sans militantisme

Mais il y a un fossé entre le désintérêt vis-à-vis de sa religion et le militantisme athée. Dans ces groupes, comme la Libre pensée suisse, des thèmes tels que la nature de l’enseignement dispensé dans les écoles sur les religions ou la séparation des Eglises et de l’Etat font toujours recette. La question fâche grandement Jean-Pierre Ravay, président des Libres penseurs de Vaud. Il tempête contre le «harcèlement» des communes pour compliquer le remboursement de la part communale de l’impôt ecclésiastique.

Reta Caspar, secrétaire générale de la Libre pensée suisse, convient que son organisation est prise entre deux feux: un public traditionnel bien ancré, et puis des jeunes réactifs, mais assez insaisissables et qu’on ne voit guère aux réunions. «Ce que je crains fort, ajoute-t-elle, c’est que beaucoup de ceux qui quittent les Eglises n’aillent en vérité nulle part.» Signal parlant, l’Association vaudoise regroupe également les adhérents des cantons du Valais, de Fribourg et de Neuchâtel, faute de sections constituées sur place.

«Lorsque nous annonçons dans toute la Suisse romande des conférences philosophiques, on se retrouve à douze, déplore Jean-Pierre Ravay. Les jeunes s’en moquent. Il y a quelques jeunes, mais ils sont surtout là par tradition familiale.»

La campagne anglaise et le fait que l’Association suisse des libres penseurs ait lancé une récolte de fond en février pour organiser des affichages en Suisse n’effraie pas Simon Weber, porte-parole de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, interrogé par swissinfo: «Nous pourrions tout aussi bien imaginer un slogan contraire: ‹Il y a probablement un Dieu, cesse de t’en faire, profite de la vie.›» Et de poursuivre: «Prêcher sur Dieu et le salut constitue la mission de l’Eglise. Cela fait deux mille ans qu’elle le fait. Si certains veulent dire des choses différentes, il n’y a rien là de nouveau – même si la forme elle est nouvelle.»

  • bn avec «ProtestInfo»

* Ed. Labor et Fides